Comment l’incendie qui a dévasté plus de 3.300 hectares sur le plateau des Fagnes à partir de la mi-août et qui continue de se consumer a-t-il pu se déclarer, alors que la plupart des signaux étaient au rouge, au début du mois ? Pourquoi a-t-on autorisé des travaux notoirement risqués au beau milieu de la réserve naturelle ? Et ces derniers sont-ils à l’origine des flammes ? Et au final, qui est responsable de cette catastrophe écologique qui a dévasté un des écosystèmes les plus rares de la Wallonie ? Ces questions font actuellement l’objet d’une information judiciaire du chef d’« incendie involontaire » ouverte par le parquet de Liège.
Mais sans attendre le résultat de ces investigations, la ministre wallonne de la Nature, Anne-Catherine Dalcq (MR), a annoncé ce mercredi l’ouverture d’une enquête administrative sur les circonstances qui ont mené au drame. L’idée est de comprendre pourquoi, malgré les avertissements et les recommandations, « un agent » a pu approuver la réalisation de travaux de fauchage extrêmement risqués eu égard à la situation combinant chaleur, vent et sécheresse prolongée.
Outre les avertissements à propos du risque d’incendie lancés par la cellule d’expertise (Celex) convoquée par les autorités wallonnes, des informations et des recommandations avaient été diffusées en interne, a révélé récemment Le Soir. Elles déconseillaient explicitement les travaux dans une végétation transformée en étoupe hautement inflammable. Pourquoi quelqu’un a-t-il jugé nécessaire de passer outre ces alertes et sur base de quelle analyse ? « Il faut réévaluer la chaîne qui a conduit à cette décision », analyse Dalcq. « En tout état de cause, cette chaîne est à améliorer fortement. » Il y avait des recommandations, un agent a pris une décision sur base de son interprétation. « D’autres agents disent qu’ils ne l’auraient pas fait », souligne la ministre. « Comment faire en sorte qu’il n’y ait pas d’interprétation de la norme ? Il y a trop de liberté, pas assez d’indications claires. Je veux plus de cadre, de clarté et de cohérence. Ce serait plus clair pour les agents qui se sentent parfois délaissés. » De quoi entailler l’autonomie – certains parlent de « baronnies » – de certains cantonnements…
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Identifier les besoins
Ce n’est pas le seul devoir demandé au Département nature et forêt (DNF), qui fait par ailleurs l’objet d’un projet de réforme lancé avant les événements des Fagnes. L’administration est sollicitée pour identifier ses besoins en matière de surveillance et de prévention des incendies. On parle de caméras, de drones, de prépositionnement de moyens d’extinction des incendies, etc. « Des incendies, il y en aura encore. Il faut les détecter plus vite. Etre présent plus rapidement. On mettra le budget nécessaire », insiste la ministre. Le travail d’établissement d’une cartographie des zones à risques se poursuit aussi, ajoute-t-elle. Et la mise au point d’un « indice incendie » sera faite dans la foulée.
Des incendies, il y en aura encore. Il faut les détecter plus vite. Etre présent plus rapidementAnne-Catherine Dalcq (MR), Ministre wallonne de la Nature
En parallèle, le travail sur un diagnostic précis des dégâts se poursuit. Il pourrait être bouclé « au printemps. Il apparaît déjà que les tourbières qui avaient fait l’objet de travaux de restauration ont mieux résisté au feu. Il s’agit de plusieurs centaines d’hectares. Certains endroits pourront donc se relever naturellement », indique Anne-Catherine Dalcq, qui annonce aussi une réflexion sur la réforme du dispositif du drapeau rouge qui interdit l’accès à certaines zones des Fagnes en cas de risque d’incendie.