Donald Trump fait tout ce qu’il peut pour conjurer ce mauvais sort. Il a notamment orchestré un redécoupage des circonscriptions électorales, dans des États comme le Texas où les Républicains sont aux commandes, pour maximiser leurs chances de préserver ou d’accroître leur avantage, histoire de gagner les quelques sièges qui sont susceptibles de faire la différence au soir du 3 novembre. Le Président n’est pourtant pas certain que cela suffise et, faute de pouvoir nécessairement remporter le scrutin, il s’emploie d’ores et déjà à le discréditer en accusant les Démocrates de vouloir le truquer.
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On prête au président américain l’intention de prendre un décret présidentiel pour modifier les modalités du vote et, dans les milieux qui lui sont proches, avec le soutien d’avocats acquis à la cause, on s’affaire pour lui prodiguer d’ultimes conseils. Les pistes envisagées incluent les listes électorales : une preuve de citoyenneté serait exigée pour s’y inscrire et les électeurs précédemment inscrits devraient refaire la formalité pour le scrutin à venir. Le vote par correspondance ne serait plus autorisé que dans certaines circonstances et les bulletins ne seraient plus acceptés après le jour du scrutin, quand bien même ils ont été envoyés avant.
L’obsession de Donald Trump concerne les « faux électeurs », en particulier les immigrants qui voteraient sans en avoir le droit. Il a été plus d’une fois démontré que de telles fraudes, quand elles existent, sont marginales et ne sauraient en aucun cas déterminer l’issue d’un scrutin, même dans les États où le vote est serré. Le Président assure, au contraire, que ce sont des millions d’électeurs illégaux qui assurent à chaque fois la victoire des Démocrates. Il continue d’affirmer, envers et contre tout, qu’il en fut ainsi en 2020, quand Joe Biden remporta la présidentielle.
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Dans le cas présent, Donald Trump ajoute une nouvelle dimension : l’ingérence d’une puissance étrangère, non plus tant russe que chinoise. Le renseignement américain avait établi en 2021 que la Chine avait songé à influencer le résultat des élections, l’année précédente, mais n’avait finalement pas concrétisé cette intention. Il en irait autrement aujourd’hui et, afin d’écarter cette « menace pour la sécurité nationale », le Président pourrait décréter l’état d’urgence – ce qui, l’amène-t-on à penser, lui donnerait le droit d’intervenir dans l’organisation des élections.
Car c’est aux États qu’il revient d’organiser les scrutins, locaux comme nationaux, avec la possibilité pour le Congrès, et lui seul, de changer la donne. Le Président n’est investi d’aucune autorité en la matière, au nom de la séparation des pouvoirs. Aussi les modifications qu’il voudrait apporter seraient-elles non seulement impopulaires (comme les restrictions au vote par correspondance, que les Républicains apprécient autant que les Démocrates) et problématiques (la suppression des machines à voter, suspectées de favoriser les ingérences, causerait d’immenses besoins en personnel pour le dépouillement des bulletins), mais elles prêteraient aussi le flanc à des recours en justice.
Donald Trump devrait remercier la Cour suprême d’avoir annulé ses droits de douaneCréer la confusion
C’est peut-être ce que le camp présidentiel souhaite : créer la confusion et le désordre pour jeter le doute sur la validité du scrutin et en contester les résultats là où ce serait utile. Cette perspective est d’autant plus inquiétante que la majorité au Congrès se décidera peut-être à quelques sièges près. Elle pourrait aussi dissuader des électeurs de voter en nourrissant le sentiment, dans un climat délétère d’accusations mutuelles, que le scrutin sera aussi peu crédible qu’utile.
Or les Républicains sont traditionnellement mieux mobilisés que les Démocrates. Un des enjeux récurrents pour ceux-ci est de convaincre les électeurs, notamment au sein des minorités noire et hispanophone, d’aller voter. La tâche s’annonce plus rude que jamais.