Quelques semaines plus tard, la banque faisait machine arrière, jugeant que ce rythme nuisait au développement et à la cohésion du projet. Aussitôt Kathryn Shiber, alors âgée de 21 ans, portait plainte et réclamait des millions de dollars en dommages et intérêts devant la cour fédérale de justice de New York. L’affaire dès lors dépasse le simple différend entre un salarié et son employeur et remet en cause les pratiques internes de travail du secteur de la finance. L’entreprise a finalement préféré, à la veille du procès, passer un accord sans pour autant dévoiler les termes de cette entente.

Très commentée, cette affaire interroge une nouvelle fois le travail à outrance. Elle met en avant la culture du « grind », marquée par des horaires extrêmes et le travail de nuit. Dans l’industrie financière, les semaines dépassant les 100 heures de travail par semaine sont considérées comme la norme. Il s’agit d’un passage quasi obligatoire pour accéder à la réussite, si l’on en croit la défense par Centerview Partners. Déjà, en 2024, le secteur a été marqué par deux décès de deux jeunes banquiers de chez Bank Of America survenus à quelques jours d’intervalle : l’un emporté par une thrombose, l’autre par un arrêt cardiaque, alors qu’ils enchaînaient des semaines de plus de 100 heures.

« Les horaires exténuants sont liés à la nature de l’activité : la banque d’affaires est un secteur sur mesure, axé sur les services, où la satisfaction du client est primordiale », justifiait Craig Coben, ancien haut cadre chez BofA, dans le « Financial Times ». Mais cette cadence effrénée semble remise en question notamment avec la génération Z. Des profils comme Kathryn Shiber refusent de se conformer à ces critères de réussite jugés absurdes par cette nouvelle génération, traduisant un changement progressif dans les mentalités.