Plus prudent, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), a précisé la position de la diplomatie belge. « La manière dont l’action américano-israélienne a été menée samedi ne correspond pas aux standards de la Belgique, a-t-il reconnu sur La Première. Mais les dizaines de milliers de morts dans la répression exercée par le régime iranien ne peuvent être ignorées : le droit international a pour vocation première de protéger les peuples, leurs droits et libertés. « La réalité des principes doit être confrontée au principe de réalité », a justifié le centriste.
Du côté de Défi, la présidente Sophie Rohonyi s’est réjouie de la mort de Khamenei – « C’est historique ! » – laissant entendre qu’elle soutenait l’intervention armée contre le régime des Mollahs. « Espoir : se libérer d’un régime qui opprime le peuple iranien, qui déstabilise la Région, et qui menace la paix et la sécurité internationales depuis 47 ans, a-t-elle commenté sur les réseaux sociaux. Cet espoir, c’est le peuple iranien qui l’a permis, à travers son combat pour la liberté, la justice et la démocratie. Un combat contre l’obscurantisme religieux et contre l’islamisme radical, dont les femmes sont toujours les premières cibles, et toujours les premières victimes. »
L’horizon à gauche : le droit international
Cette ligne affichée par les libéraux francophones et, dans une certaine mesure, par Les Engagés et Défi tranche nettement avec les prises de position des formations de gauche. Paul Magnette, par exemple, a pris ses distances sur les réseaux sociaux à l’égard des frappes américano-israéliennes en cours en s’appuyant sur un double leitmotiv : le droit international doit primer et le peuple iranien peut se libérer seul de ses chaînes.
Même ton chez les verts. Plusieurs personnalités écologistes ont condamné les frappes décidées par le président américain et le gouvernement Netanyahou. Entre autres, Samuel Cogolati, ancien coprésident d’Ecolo et docteur en droit international, a déploré l’attitude américaine, stigmatisant les États-Unis de Trump, cet « Empire du coup de force ». « Nous assistons à une nouvelle violation flagrante du droit international, a constaté l’écologiste sur Facebook. La Charte des Nations Unies interdit le recours unilatéral à la force, sans autorisation du Conseil de Sécurité. »
Combien de Belges se trouvent-ils vraiment au Moyen-Orient actuellement?
Enfin, pour le PTB, les États-Unis et Israël agissent comme « des États voyous », selon Peter Mertens, l’ancien président du parti. « Pour Washington, l’Iran est un obstacle à la domination américaine dans la région. Il s’agit de pétrole, de voies de transit stratégiques et d’intérêts géostratégiques », a affirmé le marxiste.
Cette vision commune du conflit en cours que propose la gauche est particulièrement combattue par l’ancien député fédéral Georges Dallemagne (Les Engagés), très impliqué dans les grands dossiers internationaux. Ce dernier voit dans l’invocation du droit une incohérence coupée des réalités politiques et diplomatiques.
« L’entrée en guerre pour être légale doit avoir l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies… où la Russie et la Chine, des alliés de l’Iran, disposent d’un droit de veto, rappelle-t-il. Lorsque certains à gauche se retranchent derrière l’argument du respect du droit international, cela masque mal leurs affinités idéologiques. Le peuple iranien lui-même réclame une intervention militaire extérieure contre leur régime sanguinaire, invoquant la ‘responsabilité de protéger’, un principe prévu par le droit international pour autoriser une intervention armée. »
guillement
« Lorsque certains à gauche se retranchent derrière l’argument du respect du droit international, cela masque mal leurs affinités idéologiques. »
Réalisme ou idéalisme ?
Comment expliquer le clivage politique gauche/droite autour de la question iranienne ? L’affrontement renvoie à deux écoles classiques des relations internationales : l’approche réaliste, à ranger plutôt à droite, et l’approche idéaliste, qui serait de gauche. « Les partis de gauche restent davantage attachés au droit international car son respect permet notamment de protéger les plus faibles face aux grandes puissances », précise Jean Faniel, directeur du Crisp (Centre de recherche et d’information sociopolitiques).
« En outre, le rapport à Israël est très différent selon que l’on est de gauche ou de droite. Or, Israël est à la manœuvre dans les frappes en Iran, poursuit le politologue. Il y a également un rapport à l’administration Trump qui est polarisant. On sent que du côté du MR et de la N-VA, il existe une certaine admiration à l’égard de Donald Trump. Une admiration qui peut varier selon les personnes. Theo Francken (ministre de la Défense), par exemple, reste très aligné sur la position américaine alors que Bart De Wever s’en est éloigné. »
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