Ils sont généralement plutôt chers et affichent des promesses trop vagues pour être totalement vraies.Des compléments alimentaires sont pointés du doigt pour leur inefficacité.Pire, certains peuvent même être mauvais pour la santé.
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C’est un produit difficile à classer, quelque part entre le médicament et l’alimentation. Il existe 30.000 références de compléments alimentaires en France et les règles qui encadrent ce marché sont particulièrement floues. Du coup, beaucoup de consommateurs ne savent pas ce qu’ils achètent. Prenons par exemple un traitement anti-fatigue. Selma Amimi, chargée de mission pour l’association CLCV, détaille les qualités décrites sur la boîte, qui peut induire en erreur le consommateur. « Respiration facilitée, défenses naturelles renforcées… En fait, ça se rapproche du domaine du médical. Donc on peut penser que c’est un médicament, or ça ne l’est pas », assure-t-elle dans le reportage ci-dessus.
Cette association a analysé une quarantaine de produits à base de plantes, censés par exemple améliorer le bien-être émotionnel et physique. Une jolie phrase qui, médicalement, ne veut rien dire. « Ça fait 10 ans que les allégations de santé botanique, donc en lien avec les plantes, sont en attente d’évaluations scientifiques. La Commission européenne a mis en pause le projet d’évaluation scientifique de ces allégations sur les plantes », explique-t-elle.
Du coup, sur les réseaux sociaux, on s’en donne à cœur joie. Les influenceurs se transforment en conseillers santé, certains par plaisir, d’autres généreusement rétribués pour faire de la pub. En outre, « l’un des problèmes autour des compléments alimentaires, c’est que de plus en plus d’influenceurs proposent des cocktails afin d’être guéris. Et dans les pharmacies, ça passe très mal », assure François-Xavier Ménage, dans son enquête. Des internautes se rendent par exemple au comptoir pour soigner une dépression ou des problèmes de poids. Ils réclament des produits non homologués et disponibles sur d’obscurs sites en ligne. « Souvent, ce sont des formules magiques, mais ils savent qu’ils sont un petit peu perdus. Ils viennent nous demander des choses, mais ça ne se traite pas comme ça. On leur répond qu’on ne fait pas un diagnostic par Internet », souligne Florence Bellaiche, pharmacienne à Paris.
On nous parle de tests de laboratoire rigoureux, sauf que quand on clique sur le lien, il n’y a aucun test qui apparaît. François-Xavier Ménage
Aujourd’hui en France, seul un complément alimentaire sur deux est vendu en pharmacie. L’explosion de la consommation se fait donc surtout en ligne. Une jungle avec des milliers d’entreprises plus ou moins vertueuses en France ou à l’étranger. La répression des fraudes multiplie les contrôles. Elle évoque des anomalies constatées dans un tiers des produits. Par exemple, des étiquettes trompeuses ou des ingrédients rajoutés sans prévenir. Pour s’en rendre compte, l’équipe de TF1 se rend dans un laboratoire strasbourgeois où chaque année 500 compléments alimentaires sont méticuleusement disséqués. De plus en plus, on retrouve dans les compositions des plantes interdites, parfois dangereuses, mais aussi des traces de médicaments. « On peut recevoir ça de grands laboratoires à l’étranger, que ce soit en Asie, en Afrique, ou alors ça peut être un influenceur qui va vendre ça via ses réseaux sociaux, qui peut avoir fabriqué ça lui-même ou avoir acheté ça sur un autre site », alerte David Regard.
Récemment, le laboratoire a découvert des sachets de thé présentés comme des compléments alimentaires renfermant du Viagra, sans que le client n’en soit informé, et avec des dangers évidents en cas de surconsommation. Mais il y a encore plus grave, ce sont les compléments alimentaires qui promettent de guérir du cancer. L’un d’eux, disponible en quelques clics, n’est autre qu’un traitement vétérinaire antiparasite pour les animaux. « Sur le site, on voit un service client soi-disant très rapide, avec réponse sous 24 heures, sauf qu’il n’y a pas de numéro de téléphone. On nous parle aussi de tests de laboratoire rigoureux, sauf que quand on clique sur le lien, il n’y a aucun test qui apparaît, et puis il y a des entrepôts qui sont censés être partout en Europe et qui laissent entendre qu’il s’agit d’une entreprise très fiable », énumère François-Xavier Ménage.
Ces personnes qui sont derrière tout ça savent exactement ce qu’ils font pour faire du profit sur le dos de la santé des gens.Me François Lafforgue, avocat de l’association Foodwatch
Ces promesses totalement fausses de guérir une maladie en ingérant des compléments alimentaires, on en retrouve beaucoup sur Internet. Une marque est même allée jusqu’à créer un onglet spécial « cancer ». Sauf que depuis 7 ans, la marque en question fait l’objet d’une plainte déposée en février 2019 par l’association Foodwatch, et dont les journalistes de TF1 ont obtenu une copie. En ligne, un malade évoque « un cancer du poumon et déjà deux mois de chimio et de rayons ». L’entreprise dit que pour « combattre le cancer naturellement, il est conseillé des feuilles de graviola, de la racine de pissenlit et des noyaux d’abricots amers ». L’entreprise ose promettre « une guérison complète avec une cure d’au moins 3 mois ».
Me François Lafforgue, l’avocat de l’association, a dû batailler durant de longues années pour que le site soit enfin bloqué. L’entreprise risque deux ans de prison. Le problème, c’est que le site existe à nouveau, via une autre adresse. Et concernant la plainte, sept ans après, il n’y a toujours pas de procès. « Ces activités frauduleuses ont pu perdurer malgré les alertes de Foodwatch et malgré les relances incessantes de notre côté. Ces personnes qui sont derrière tout ça savent exactement où ils vont et savent exactement ce qu’ils font pour faire du profit sur le dos de la santé des gens. Ça, c’est absolument inadmissible. Que les autorités n’agissent pas suffisamment fermement, c’est aussi un problème », dénonce-t-il.
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Virginie FAUROUX | Reportage : François-Xavier MENAGE et Olivier CRESTA
