Bill Kaulitz : sa maison de rêve conçue par Frank Lloyd Wright Jr. à Los Angeles

Sean Hazen
Il y a des lieux où l’on se perd, et d’autres où l’on se retrouve. Pour Bill Kaulitz, Los Angeles a très vite appartenu à la seconde catégorie. « En 2008, je n’étais venu ici que pour trois jours », se souvient-il de sa première escapade dans l’usine à rêves d’Hollywood. « Je me suis retrouvé aussitôt dans des fêtes entre le Playboy Mansion et le Chateau Marmont. » Il raconte cela avec l’aisance d’un artiste pleinement conscient que sa vie n’a jamais été linéaire, mais marquée par une ascension fulgurante. C’est peut-être la première raison pour laquelle L.A. lui correspond si bien : c’est une ville d’opacité et d’anonymat, façonnée par la culture de la voiture (à la question de savoir si la facilité des déplacements à pied en Allemagne lui manque, il répond sans hésiter « non ! ») ; une ville constellée d’oasis de décadence, qui fait voler en éclats toute idée de trajectoire rectiligne. Une anti-Allemagne, en somme.
Bill Kaulitz a trouvé la liberté et l’anonymat à Los Angeles
Pour Bill Kaulitz et son frère jumeau Tom, l’Allemagne était devenue un lieu aux rideaux tirés, où ils vivaient sous la surveillance constante de harceleurs. Un cauchemar quotidien, une traque incessante qui ne s’arrêtait même pas devant leur domicile de Seevetal, près de Hambourg. En 2010, la situation était devenue trop pesante pour le chanteur de Tokio Hotel, alors âgé de 21 ans, dont le groupe de quatre musiciens avait conquis en un temps record les charts internationaux. « Plutôt que de déménager une nouvelle fois en Allemagne, j’ai préféré quitter le pays. » Mais tandis que le tout-Hollywood vivait de visibilité et d’attention, Bill Kaulitz espérait exactement l’inverse de sa nouvelle patrie : retrouver enfin une sphère privée, un lieu où il pourrait simplement se détendre.

La vue depuis la piscine.
Sean HazenÀ la recherche de la maison de ses rêves
Ce n’est pas Bill Kaulitz qui a trouvé la maison idéale, mais son frère Tom, sur l’un de ces sites immobiliers sans prétention où l’on ne s’attend guère à dénicher des joyaux architecturaux. La bâtisse était en mauvais état. Pourtant, dès la première visite, Bill n’a vu que l’allée – cette voie soigneusement tracée, élégamment creusée dans la pente – et il a su que c’était celle-là. « Une maison mid-century de plain-pied… J’ai eu le coup de foudre immédiatement », se souvient-il encore très bien. L’ancien propriétaire voulait en réalité construire un petit immeuble typiquement américain sur le terrain, mais il n’a pas obtenu le permis nécessaire. Une chance pour toutes les parties concernées, à l’exception peut-être des autorités et des voisins, qui allaient souvent être confrontés aux ambitieux projets de transformation de Bill.
.jpg)
Derrière des fourrés aux allures de jungle se cachait un bungalow de rêve aux murs fortement inclinés, tel un navire qui n’aurait jamais trouvé le chemin de l’eau. Frank Lloyd Wright Jr. avait conçu ce petit bijou pour un acteur hollywoodien nommé Daniel de Jonghe ; son architecture organique évoquait de façon saisissante Taliesin West, la résidence de son célèbre père à Scottsdale, en Arizona. Selon certaines sources, père et fils auraient même travaillé ensemble sur le projet avant la mort de Frank Lloyd Wright en 1959. La maison se nichait avec élégance au sommet le plus élevé des collines d’Hollywood Hills. Les lignes horizontales de son architecture s’étiraient au loin, comme un souffle patient épousant les reliefs plutôt que les dominant. Ses matériaux – pierre, bois et abondance de verre – semblaient être là depuis toujours, n’attendant que leur accomplissement, modulant leurs reflets dans un rythme lumineux entre lever et coucher du soleil, de part et d’autre de la maison.