Ces inquiétudes ont été formulées alors que le président américain Donald Trump menaçait ouvertement d’inclure le Groenland dans le périmètre de sécurité américain. À l’époque, les déclarations du milliardaire étaient perçues dans la sphère européenne comme une volonté d’annexion d’un territoire intégré dans l’Otan et lié à l’Union européenne.

Le document ministériel s’inquiétait également de la guerre douanière lancée par le président milliardaire et de son support aux mouvances d’extrême droite.

Officiellement, cependant, la Belgique n’a jamais clairement indiqué que les États-Unis n’étaient plus un allié. En janvier 2026, au Forum de Davos, le Premier ministre Bart De Wever a bien utilisé des formules critiquant le rapport de vassalisation du Royaume envers le pays de Trump mais jamais il n’a explicitement indiqué que les rapports entre les partenaires étaient à ce point menacés.

Rue de la Loi, on nous précise que cette note du cabinet Prévot n’est ni une position officielle ni un document officiel. Il s’agit d’un document de travail des Affaires étrangères qui n’a pas passé la rampe de l’IKW (interkabinettenwerkgroep), le groupe de travail intercabinet qui précède les conseils de ministres.

Au sein de l’exécutif fédéral, la publication de cette note fait toutefois sérieusement grincer des dents. « C’est un fameux bordel », lâche un membre de la majorité. Plusieurs cabinets ministériels ont rapidement pris leurs distances avec ce document dès que nous les avons interrogés.

Les États-Unis appellent leurs ressortissants à faire preuve d’une « vigilance accrue » s’ils voyagent en Belgique« Restent un allié »

« Les États-Unis restent un allié, mais la relation transatlantique évolue. Nous devons en tenir compte pour défendre nos intérêts et nous préparer à l’avenir. Cela signifie maintenir un dialogue direct avec Washington, coopérer là où nous avons des intérêts communs et indiquer clairement nos divergences d’opinion. Cela signifie également que l’Europe doit assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité et élargir ses partenariats internationaux », a précisé le cabinet Prévot.

La question qui flotte maintenant est la suivante : pourquoi un journal de l’envergure internationale du Financial Times sort-il un document pareil un an après les faits ? Cette sortie arrive alors que Maxime Prévot était à New York où il a fait un discours remarqué à l’Assemblée des Nations Unies. Sans pointer directement une puissance, le chef de la diplomatie belge s’est interrogé sur la persistance d’une « boussole commune » et a appelé à chérir le droit international.

La révélation du FT présente également une vision radicalement opposée à la position affirmée par le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) à son retour de Washington. « Les États-Unis restent un pays allié, et même notre plus grand allié en dehors de l’Union européenne. La coopération avec ces agences existe déjà, il s’agit ici de la renforcer. On partage tous le fait que la lutte contre le crime organisé lié au trafic de drogue est une priorité. C’est pourquoi j’ai déclaré il y a quelques semaines l’urgence nationale en Belgique, pour que toutes les autorités mettent cette lutte en priorité numéro 1. »

En politique, une maxime règne. Quand un document fuite dans la presse, ce n’est jamais par hasard.

Pour Frank Vandenbroucke, les États-Unis ne sont « plus un allié »