Une nouvelle étude a révélé qu’un groupe d’infections pouvant se transmettre de la mère à son bébé pourrait augmenter le risque d’autisme chez l’enfant.
L’étude, publiée lundi, a porté sur près de 3,7 millions de personnes nées en Suède entre 1987 et 2021 afin de déterminer s’il existait un lien entre un groupe particulier d’infections et le développement tant scolaire que neurologique.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Parmi ces personnes, 975 avaient reçu un diagnostic d’infections TORCH congénitales, acronyme qui désigne la toxoplasmose, d’autres infections, la rubéole, le cytomégalovirus et l’herpès simplex. La catégorie «autres» comprend la syphilis, la varicelle, les oreillons, le parvovirus et le VIH.
Les auteurs de l’étude soulignent que ces agents pathogènes sont regroupés en raison de leur capacité inhabituelle à traverser le placenta pour infecter le fœtus.
«On sait depuis longtemps que ces infections peuvent causer une déficience intellectuelle. Par contre, le lien avec l’autisme était moins clair dans les recherches précédentes, qui portaient souvent sur de petits groupes de patients», a expliqué Hugo Sjöqvist, doctorant et auteur principal de l’étude, dans un communiqué de presse publié lundi.
«Cette étude est la plus importante à ce jour dans ce domaine et repose sur des données de registres nationaux couvrant presque toute la population de la Suède», a-t-il ajouté.
Dans le communiqué de presse, la co-auteure de l’étude, Reneé M. Gardner, a souligné qu’il était important de préciser qu’il est rare que ces infections se transmettent de la mère à l’enfant.
«Elles représentent une très petite proportion de tous les cas d’autisme dans la population, mais chez les enfants qui en sont réellement atteints, on constate un risque nettement accru tant d’autisme que de déficience intellectuelle», a-t-elle dit.
L’étude a montré que les enfants ayant eu une infection TORCH à la naissance avaient environ trois fois plus de chances d’être diagnostiqués autistes et plus de sept fois plus de chances d’être diagnostiqués avec une déficience intellectuelle, comparativement aux enfants qui n’avaient pas eu d’infection. Les enfants ayant eu une infection TORCH avaient aussi 30 fois plus de chances de présenter une «déficience intellectuelle grave à profonde».
Les auteurs ont souligné l’impact limité des infections TORCH à l’échelle nationale en Suède, car elles sont rares chez les nouveau-nés. Ils estiment que les bébés touchés par des infections TORCH représentent environ 1,2% de tous les cas de déficience intellectuelle grave et moins de 0,04% des cas d’autisme en Suède.
Cependant, ils prévoient qu’environ 20% des nouveau-nés nés avec des maladies TORCH développeront plus tard l’autisme.
«Les infections TORCH présentent un risque très élevé d’autisme», a souligné Hugo Sjöqvist mardi lors d’une entrevue conjointe avec Reneé M. Gardner sur CTVNews.ca. «Mais comme elles sont si rares, même si on a constaté une hausse de près de 200 % (des diagnostics liés aux infections TORCH)… ça ne représente qu’une toute petite partie de tous les cas d’autisme qui pourraient réellement s’expliquer par les infections TORCH.»
Il a précisé que la plupart des cas d’autisme s’expliquent par des facteurs génétiques plutôt que par des facteurs externes.
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Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont comparé des enfants atteints d’infections TORCH à leurs frères et sœurs qui n’en souffraient pas. Ils ont rapporté avoir obtenu des résultats similaires.
«Dans ce cas précis, on a ce facteur environnemental unique pour lequel on peut affirmer, avec des preuves assez solides, qu’il y a un lien entre les deux», a mentionné Mme Gardner lors de l’entrevue.
Elle a expliqué que les conclusions des recherches antérieures étaient souvent remises en question une fois qu’on examinait le «contexte génétique» de la famille d’une personne autiste, vu l’importance de la génétique pour déterminer si une personne est autiste.
«Les facteurs génétiques jouent un rôle majeur dans l’autisme, mais ils ne sont pas la seule cause. Notre étude apporte des preuves solides que certaines expositions environnementales précoces spécifiques — dans ce cas-ci, des infections TORCH congénitales rares — peuvent aussi influencer le développement neurologique», a ajouté Mme Gardner à CTVNews.ca dans un courriel envoyé mercredi.
L’étude a renforcé les conclusions antérieures selon lesquelles des facteurs externes, et pas seulement la génétique, peuvent influencer le fait qu’une personne soit autiste, même si les infections TORCH ne constituent qu’un facteur mineur.
«Une partie de la description clinique initiale des infections TORCH congénitales incluait des déficiences intellectuelles et des problèmes de développement cognitif chez les enfants; cet aspect était donc déjà bien connu», a expliqué Mme Gardner.
«Mais la partie sur l’autisme était surprenante, je dirais», a-t-elle ajouté. «De plus, le fait que les liens soient assez spécifiques à l’autisme et à la déficience intellectuelle était aussi surprenant.»
Les chercheurs n’ont pas trouvé de liens clairs entre les infections TORCH et d’autres troubles comme le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité et le trouble obsessionnel-compulsif, aussi connus sous les noms de TDAH et de TOC.
Il y avait toutefois des liens avec le rendement scolaire : les enfants atteints d’une maladie TORCH avaient généralement des résultats scolaires moins bons que leurs camarades qui n’avaient pas d’infection.
Les chercheurs ont affirmé que leurs travaux démontraient l’importance d’un programme national de vaccination complet. Ils ont cité l’exemple de la rubéole, qui a été en grande partie éradiquée en Suède grâce aux efforts de vaccination.
Avec des informations de Jordan Fleguel de CTV News