Longue nuit
À peine sorti, le ministre a dû filer vers une autre commission pour défendre une autre note de politique générale, celle qui porte sur sa casquette Économie.
Durant ces 30 dernières heures, il a été question de la loi-programme, de la réforme de l’emploi et des exclusions du chômage, du travail de nuit, des flexis jobs, du taux d’emploi, de la sécurisation du pouvoir d’achat, de la modernisation des services publics, de la réforme du système de santé et de la réinsertion professionnelle des malades de longue durée.
Était-ce nécessaire de passer autant de temps à discourir sur ces éléments, qui ont déjà fait l’objet de nombreuses discussions au préalable dans d’autres commissions ? L’opposition en est convaincue, au nom du contrôle démocratique. La majorité y voit une flibuste parlementaire, une tentative de ralentir le processus politique à coups de déclarations répétitives.
En voulant citer une entreprise florissante, David Clarinval s’est pris un sérieux revers
Aurore Tourneur est scandalisée par « l’obstruction » parlementaire menée par l’opposition.
©PRE
« Ce que nous vivons depuis plus de trente heures en commission des Affaires sociales, de l’Emploi et des Pensions n’est plus du contrôle démocratique : c’est une mise en scène », s’indigne Aurore Tourneur, cheffe de groupe Les Engagés. « Une lecture mécanique et interminable de textes sur l’histoire de l’indexation, sans propositions concrètes, sans prise en compte de la situation budgétaire de notre pays et de notre endettement parmi les plus hauts de la zone euro, aucune réponse aux enjeux d’aujourd’hui. »
La prolongation de ces discussions oblige les traducteurs, les huissiers, les collaborateurs de fond et l’ensemble des travailleurs de la Chambre de rester au parlement sans discontinuer. « Eux ne jouent pas un rôle », poursuit Aurore Tourneur, qui ne décolère pas. « Répéter n’est pas argumenter. Saturer le débat n’est pas l’élever. L’obstruction déguisée en vertu démocratique reste de l’obstruction… »
Passage en force
L’opposition ne présente pas les faits de la même façon. « Nous avons demandé dès le matin une organisation convenable des travaux », explique Sofie Merkcx, cheffe de groupe PTB, qui dénonce un passage en force d’un projet de loi. « Ce sont les députés de l’Arizona qui ont voté à 21h pour débuter l’examen du projet de loi après minuit ! »
L’Arizona a voté un volet de la loi-programme portant sur la double indexation automatique limitée prévue sur la législature. Concrètement, il est prévu de ne pas indexer la partie des salaires dépassant les 4 000 euros bruts par mois et les allocations et pensions au-dessus de 2 000 euros bruts par mois. Pour les travailleurs à temps partiel, l’indexation limitée sera appliquée au prorata du temps de travail. Par exemple, une personne qui travaille à quatre cinquièmes verra son indexation limitée aux 3 600 premiers euros bruts.
C’est l’ajout de cette mesure à la loi-programme qui a encoléré l’opposition. Cette dernière a répliqué en faisant traîner les votes. La majorité espère voter la loi-programme en séance plénière le 26 mars en vue d’une entrée en vigueur le 1er avril avec le budget 2026.
« Il est inacceptable que le gouvernement tente de faire passer en une seule nuit une mesure qui menace le pouvoir d’achat de centaines de milliers de travailleurs », a lancé la députée PTB Nadia Moscufo. Selon elle, il est encore possible de « contraindre le gouvernement à faire marche arrière ».