Le public est-il plus exigeant aujourd’hui ?

Cet argument revient régulièrement pour plaider la trop forte hausse des prix des plateformes. On s’en souvient, les débuts de Netflix en Europe se sont accompagnés de House of Cards et Stranger Things.

Aimeriez-vous une plateforme de streaming et replay unique pour toutes les chaînes de télé plutôt que d’avoir Auvio, RTL Play,… ?

Les nouvelles productions peuvent-elles se targuer d’un tel niveau de qualité ? La réponse est subjective. En attendant, Sarah Sépulchre, prof à l’UCLouvain et spécialiste des cultures médiatiques, des séries télé et de l’analyse des médias, réfute l’idée d’une dégradation généralisée.

On entend souvent que les séries sont moins bonnes qu’avant… Cette impression est-elle justifiée ?

“Je ne suis pas certaine que la qualité ait baissé de manière globale. Il y a toujours eu des séries meilleures et des moins bonnes. Par contre, les formats ont changé. On a moins de séries avec une vingtaine d’épisodes et plus de mini-séries. Donc on en consomme probablement plus.”

Ces séries conçues pour ne pas être regardées

L’impression d’une perte de qualité des productions provient dès lors peut-être d’un certain essoufflement. “La facilité d’accès a entrainé une augmentation de la consommation de séries et de films. Des nouvelles productions mais aussi l’accès à d’anciennes qu’on avait ratées sur le linéaire à l’époque. Comme Friends ou Desperate Housewives. On regarde plus et on affine son expertise. Et on est plus exigeant.”

Pourquoi plus personne ne regarde la même chose au même moment ?

Une montée d’expertise mais moins de moments communs. Le fameux éclatement des contenus a fragmenté les expériences vécues par les utilisateurs. Et peu de films ou séries créent aujourd’hui un sentiment de communauté.

Télévision hors de prix ou IPTV ? “Les spectateurs sont incités à multiplier les abonnements”

“Game of Thrones a été une exception dans les deux dernières décennies. Avant, tout le monde regardait ce qui passait à la télévision, au tournant des années 2000, tout le monde avait vu Urgences ou Ally McBeal sur la RTBF. Quand RTL a passé Desperate Housewives, tout le monde a regardé. Avec l’augmentation de la production, j’ai vu la différence. Quand je donnais cours en 2005-2007 et que je parlais de séries, la majorité les avait vues. Ici, ça a encore été un peu le cas avec Stranger Things, mais globalement, il n’y a plus de commun.”