Le Musée historique de Lausanne met en lumière l’œuvre d’André Schmid (1836-1914), pionnier de la photographie lausannoise. Jusqu’au 14 mars 2027, l’exposition ‘Photo-sensible’ dévoile des clichés inédits et poétiques et les met en dialogue avec des approches photographiques contemporaines.
Le Musée historique de Lausanne propose une immersion dans l’univers d’André Schmid (1836-1914), l’un des premiers photographes professionnels lausannois. L’exposition ‘Photo-sensible’ s’appuie sur un trésor d’archives inédites: des plaques de verre restaurées, des portraits fascinants et des paysages oubliés du XIXe siècle.
Diana Le Dinh, conservatrice des collections photographiques du musée et commissaire de l’exposition, explique dans le 12h30: « André Schmid a ouvert son premier studio à Lausanne dans les années 1860, à la rue Saint-Laurent, avant de s’installer au Grand Pont. A cette époque, la photographie était encore réservée à une élite, même si elle coûtait moins cher qu’un portrait peint ».
L’exposition met en avant les portraits soigneusement composés qui étaient la norme à l’époque. « La prise de vue d’un portrait était très codifiée, avec des décors et accessoires standardisés, mais les clients pouvaient aussi apporter des objets personnels, comme un livre ou un instrument de musique, pour se raconter à travers l’image », précise Diana Le Dinh.
André Schmid, ‘Portrait d’atelier’, négatif sur verre au collodion, années 1860, coll. Musée Historique Lausanne. [Musée Historique Lausanne – André Schmid] Témoignage d’une société en mutation
Un des clichés phares de l’exposition est celui d’Irène, la petite-fille d’André Schmid. Datant de 1912, cette photographie en noir et blanc semble pourtant avoir été prise récemment. « Irène est un modèle récurrent dans l’œuvre de son grand-père. Ses portraits sont à la fois très composés et empreints de naturel, grâce à l’évolution technique de l’époque, notamment avec l’utilisation du gélatino-bromure d’argent, qui permettait des prises de vue plus spontanées », ajoute la commissaire.
Outre les portraits, ‘Photo-sensible’ dévoile des images de Lausanne au XIXe siècle, une ville encore très verte, où les infrastructures modernes commencent à se développer. Des ponts, des paysages enneigés du massif du Mont-Blanc ou encore des glaciers immortalisés par André Schmid témoignent d’une époque où la photographie en extérieur relevait de l’exploit. « A l’époque, il fallait transporter un laboratoire ambulant sur les glaciers pour préparer et développer les négatifs sur place. Cela représentait une véritable expédition », raconte Diana Le Dinh.
André Schmid, ‘Massif du Mont-Blanc, glacier de Tré-la-Tête’, négatif sur verre au collodion, années 1860-1870, coll. Musée Historique Lausanne. [Musée Historique Lausanne – André Schmid] Relectures contemporaines
L’exposition ne se contente pas de présenter des œuvres historiques. Elle invite également des artistes contemporains à revisiter le travail d’André Schmid dans un subtil jeu de miroirs. La plasticienne suisse basée à Lausanne Léonore Baud, par exemple, s’est inspirée des négatifs du photographe pour créer des œuvres modernes, explorant la matérialité de la photographie.
Pour mettre en valeur les négatifs sur plaque de verre d’André Schmid, l’équipe du musée a opté pour des reproductions et des présentations variées. « Nous avons voulu montrer le négatif comme une image à part entière, en jouant avec les formats et les supports. Ces négatifs bruts possèdent une esthétique captivante », conclut la commissaire de l’exposition ‘Photo-sensible’.
Propos recueillis par Blandine Levite
Adaptation web: olhor
‘Photo-sensible’, Musée historique de Lausanne, jusqu’au 14 mars 2027.