Ces recrutements sont loin de se limiter à l’Afrique du Sud. Quatre Kényans rentrés de Russie ont raconté lundi dans une enquête de l’AFP la tromperie les ayant conduits à se battre contre l’Ukraine contre leur gré.
Les autorités kényanes estimaient en décembre le nombre de ces enrôlés de force à environ 200, dont 23 avaient pu être rapatriés. Un nombre très vraisemblablement sous-évalué, selon les quatre revenants interrogés par l’AFP.
Kiev disait en novembre avoir identifié au moins 1.436 citoyens de 36 pays africains dans les rangs russes.
« Les Africains sont dupés pour aller se battre, puis ils sont traités comme si leur vie ou leur mort n’avaient aucune importance », avait accusé l’ambassadeur ukrainien à Pretoria, Oleksandre Chtcherba auprès de l’AFP.
« C’est une guerre coloniale, et voir des Africains se battre dans une guerre coloniale contre un pays libre est particulièrement insensé », avait-il estimé.
Accusée d’avoir participé à leur recrutement par des familles d’enrôlés, la fille de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma, Duduzile Zuma-Sambudla, a démissionné du parlement sud-africain.
Les proches des recrues ont indiqué à des médias locaux que ce voyage en Russie leur avait été présenté comme une formation de sécurité qu’ils devaient suivre pour obtenir un emploi au sein du parti MK, fondé en 2023 par l’ex-président Jacob Zuma, à la tête du pays de 2009 à 2018 et réputé proche de Moscou.
En plus des hommes envoyés sur le front, de nombreuses femmes africaines sont attirées par la promesse de contrats lucratifs en Russie pour finir dans des usines fabriquant des drones, en particulier dans la région centrale du Tatarstan, selon plusieurs enquêtes de médias internationaux.
D’après un rapport de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), une ONG basée à Genève, l’un de ces programmes, Alabuga Start, « remplit plusieurs des critères permettant de le qualifier de cas de traite de personnes ».
Il cite les « conditions de travail répressives » et la « nature trompeuse du recrutement », souvent présenté comme une opportunité d’études ou de formation.
Même s’il se trouve loin du front, le site a déjà été ciblé par des drones ukrainiens pour couper les chaînes d’approvisionnement russes et a blessé des employés.
Une campagne d’influenceurs diffusée sur les réseaux sociaux en août fait l’objet d’une enquête par Pretoria.