
par Yasmine Meziani
Publié le 05 octobre à 16h26
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Face à la menace russe, l’Estonie renforce massivement sa défense avec un budget en hausse de 42 % et de nouvelles bases frontalières. Objectif : dissuader Moscou et garantir la crédibilité de l’OTAN, même en cas d’attaque limitée.
Riposter immédiatement, c’est le cœur de la nouvelle stratégie militaire de l’Estonie. Pour dissuader toute attaque russe, le pays va déployer des troupes en permanence à sa frontière orientale et se doter de missiles à longue portée. L’idée est de frapper dès les premières minutes d’une éventuelle attaque, plutôt que de devoir libérer des territoires occupés après coup, a rapporté ce lundi le Financial Times.
« Nous devons commencer à la frontière et gagner dès les premiers combats », résume le colonel Tarmo Kundla, à la tête de la Première brigade. Concrètement, cette unité quittera Tapa pour s’installer à Jõhvi, à près de 50 kilomètres de la frontière russe. Autre chantier en cours : une nouvelle base à Narva, en bordure directe de la Russie. Elle abritera 200 soldats en temps normal, et jusqu’à 1.000 en situation de crise.
Des investissements records
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Cette année, le budget de la défense estonien bondit de 42 %, à 2,4 milliards d’euros. Cela représente 5,4 % du PIB national. Cet argent servira notamment à acheter neuf lance-roquettes multiples américains HIMARS et neuf systèmes sud-coréens Chunmoo. Ces armes peuvent frapper à 300 kilomètres de distance. Des cibles militaires russes importantes, voire Saint-Pétersbourg, entrent ainsi dans leur rayon d’action. En cas d’invasion, Tallinn veut pouvoir atteindre, dès le début des combats, des objectifs situés loin derrière le front.
Pourquoi cette montée en puissance ?
Selon les renseignements estoniens, Moscou ne prépare pas une guerre majeure contre l’OTAN dans les deux ans à venir. Mais le Kremlin se positionne pour un affrontement plus tardif. L’Estonie prend les devants.
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Avec environ 4.200 soldats d’active et un large réservoir de réservistes, le pays reste vulnérable. Sa principale inquiétude ? Une attaque ciblée contre une ville frontalière comme Narva, où la population est majoritairement russophone. Un tel scénario mettrait à l’épreuve l’article 5 de l’OTAN, qui engage la solidarité de tous les alliés en cas d’agression contre l’un d’eux. Une réponse insuffisante, même face à une offensive limitée, pourrait éroder la cohésion de l’Alliance et offrir une opportunité à la Russie en Europe de l’Est.
Des alliés présents, mais une inconnue demeure
D’autres membres de l’OTAN renforcent leur présence sur place. Le Royaume-Uni prévoit ainsi de porter son contingent à 1 200 soldats d’ici avril 2027. Londres a déjà mené en Estonie des exercices avec ses drones d’attaque Nyan, eux aussi capables de frapper à 300 kilomètres.
Ce soutien rassure, mais la donne dépend étroitement de la guerre en Ukraine. Pour l’instant, la Russie ne peut pas retirer ses troupes du front ukrainien. Mais si un cessez-le-feu ou un accord de paix intervenait, la situation basculerait : des dizaines de milliers de soldats expérimentés pourraient alors être redéployées vers la frontière balte.
