1. La Chine est-elle derrière ce déroutement ?
Tant du côté australien que du côté américain, des enquêtes sont en cours pour savoir exactement ce qu’il s’est passé. Toujours d’après Bloomberg, les pièces avaient été confiées au géant logistique UPS pour être acheminées d’Australie vers les États-Unis via les airs. L’avion d’UPS devait faire escale à Séoul, et non à Hong Kong, et personne ne sait encore pourquoi la cargaison s’est finalement retrouvée en Chine.
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« Cette escale à Hong Kong est un acte d’une incompétence et d’une stupidité incroyables. »
Est-ce une erreur logistique ? Oui, selon Michael Shoebridge, un expert en Défense, interrogé par la presse australienne. « Cette escale à Hong Kong est un acte d’une incompétence et d’une stupidité incroyables », explique l’Australien. Selon lui, les Chinois ont profité « d’un coup de chance incroyable que leur a offert la stupidité des personnes impliquées. »
Pour Xavier Tytelman, au contraire, ce déroutement « n’est pas arrivé par hasard et a été clairement organisé par la Chine ». « Cette erreur de transit est invraisemblable : on organise jamais ce genre de livraison sensible par des vols avec escale », explique l’expert français en Défense à La Libre.
2. Ces pièces étaient-elles sensibles et comment la Chine peut-elle en profiter ?
Tant du côté des autorités australiennes qu’américaines, on a démenti l’information selon laquelle cette cargaison était « sensible ». Les pièces déroutées provenaient d’un F-35 utilisé par les forces aériennes australiennes. Elles étaient défectueuses et avaient besoin d’être réparées aux États-Unis.
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« Absolument tout dans le F-35 est sensible. Chaque pièce donne des informations. (…) Et il est clair que les Chinois veulent connaître le moindre détail de cet avion. »
D’après différentes sources, il s’agissait, entre autres, de la verrière d’un cockpit et d’une porte de soute à armement. « Cela n’a l’air de rien, mais la verrière du F-35 est hypersensible car elle est composée d’un revêtement qui absorbe les ondes radars et permet ainsi la furtivité (le fait de rendre l’avion quasiment indétectable par les radars ennemis, NdlR) du F-35, insiste Xavier Tytelman. S’ils ont cette pièce en main, les Chinois, les Russes ou n’importe qui avec qui ils peuvent partager l’information, vont pouvoir créer les ondes radar qui vont annuler cette furtivité de l’avion américain. »
Les Chinois pourraient aussi faire de l’ingénierie inverse : démonter ces composants pour en connaître tous les secrets de fabrication. « Ils vont pouvoir faire un bond en avant technologique, notamment sur la furtivité de leurs propres avions de combat. »
3. Qu’est-ce que cela change pour la Belgique ?
Rappelons que la Belgique a acheté 45 F-35 pour un montant proche de 5,7 milliards d’euros. L’appareil ne cesse d’exploser les budgets. Le F-35 est désormais le programme d’armement le plus cher de l’histoire des États-Unis, avec un coût estimé à plus de 2 000 milliards de dollars sur l’ensemble de son cycle de vie. Selon les spécialistes, ce surcoût est justifié par les technologies poussées présentes sur l’avion et notamment celles permettant sa furtivité.
Mais, après ce potentiel déroutement chinois, « l’avion risque de perdre une grande partie de sa valeur » pour les armées qui l’ont acheté, estime Xavier Tytelman. « Si le F-35 perd sa furtivité, le surcoût va devenir de moins en moins pertinent. Un avion qui coûte 52 000 euros par heure de vol, dont au moins la moitié de ce montant est justifiée par la furtivité, cela ne vaut plus le coup aujourd’hui ».
4.Ce risque de détournement existe-t-il chez nous ?
Notons également que des composants du F-35, notamment des empennages horizontaux, sont construits en Belgique. Ces pièces sont-elles également « à risque » ? Oui, selon l’expert français. « Absolument tout dans le F-35 est sensible. Chaque pièce donne des informations. Avec un empennage, on peut déterminer les ouvertures pour des capteurs et donc leurs tailles, les matériaux utilisés pour l’électronique… Et il est clair que les Chinois veulent connaître le moindre détail de cet avion ».
« Heureusement nos empennages partent vers l’Ouest. (…) Le risque de détournement vers la Chine est donc très limité. »
Du côté de BeLightning, le consortium des entreprises belges (Asco, Sabca et Sonaca) fournissant des pièces au F-35, on estime que cette histoire de possible détournement chinois est « surréaliste ». « On doit bien sûr faire attention et nos sites de production sont sous haute surveillance, nous expliquent les industriels belges. « Heureusement nos empennages partent vers l’Ouest – ils sont pour l’instant livrés par camions vers le Royaume-Uni et peut-être plus tard directement via les airs vers les États-Unis. Le risque de détournement vers la Chine est donc très limité ».