À cette surexposition s’ajoute une forme d’habituation, selon Bruno Humbeeck. C’est un processus qui, à force d’être constamment confronté aux mêmes images de conflits, va réduire progressivement la réaction émotionnelle du cerveau. « On finit par banaliser les images qu’on voit, mais ce qui est tout à fait pervers, c’est que ça va tout de même nourrir l’anxiété ». Ce phénomène est renforcé par la pratique du « doomscrolling« . Cette habitude de faire défiler à l’infini des contenus sur les réseaux sociaux amplifie cette spirale d’anxiété chez les adolescents.
« Je n’ai aucune sympathie pour ce régime, mais j’ai peur que l’Iran devienne un Afghanistan ou une Syrie. Ce sera encore pire pour les Iraniens »Les effets concrets sur la santé mentale
Cette tendance à consulter des contenus anxiogènes a un effet direct sur la santé mentale. « Elle devient invasive, quand elle prend le corps en otage, et envahissante, quand elle vous empêche d’avoir des moments de répit où vous vous libérez l’esprit de ce type d’anxiété », explique le psychopédagogue. Cette inquiétude sourde est d’autant plus présente lorsque les images montrent des lieux familiers ou idéalisés : « Le fait que cette guerre montre des images, par exemple, de Dubaï, perçu comme une ville mythique, à l’abri de tout, et notamment à l’abri de la réalité, ça induit des mécanismes anxiogènes très forts » poursuit-il.
La mise à distance devient plus difficile, en particulier chez les plus jeunes. Les guerres qui autrefois semblaient se dérouler ailleurs et dans des paysages éloignés de leur quotidien, sont maintenant dans les villes qui ressemblent aux nôtres. Et les conflits semblent de plus en plus se rapprocher et s’étendre. A force, une question s’impose dans l’esprit d’un adolescent et encore plus chez l’enfant : est-ce que cela finira par arriver jusqu’à chez nous ? « Autrefois, on parlait des bruits des bottes. Aujourd’hui, c’est le silence des drones », observe Bruno Humbeeck. Cette impression d’une menace invisible, difficile à localiser ou à anticiper, rend l’angoisse plus diffuse.
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Face à ce constat, Bruno Humbeeck plaide pour le retour des temps d’information partagés. Ritualiser le journal télévisé, le regarder en famille, permettrait de redonner du sens aux images et à l’information dans un cadre plus apaisé « Une information qui est digérée par un collectif est moins anxiogène, parce qu’on partage l’anxiété », souligne-t-il. Il recommande également de prendre le temps de débriefer de l’information avec l’adolescent et d’échanger sur ce qu’il a vu, compris ou mal compris.