La handitech, un secteur de niche ? « Avec 12 millions de personnes concernées en France, 110 millions à l’échelle européenne, et encore, sans compter les aidants, l’innovation est clairement un moteur économique, un vecteur d’intégration et un enjeu central pour construire une société inclusive, sans compter le débordement technologique qui permet au plus grand nombre de profiter de ces solutions », répond Fanny Cohen, directrice de Handilab. Encore faut-il que tous ces projets à fort impact social et économique aient le soutien et l’accompagnement nécessaires pour développer leurs idées à grande échelle.
D’où la création de ce lieu, le premier écosystème européen dédié à l’innovation au service du handicap et de la perte d’autonomie. Basé à Saint-Denis sur 13 000 m², il fédère entrepreneurs, chercheurs, grands groupes, experts avec une ambition claire : promouvoir un regard positif sur le handicap, porté par la technologie.
Les bénéficiaires font aussi pleinement partie du projet avec notamment la mise en place d’un « Uselab » en lien avec le TechLab – APF France handicap. « L’idée est de connecter le besoin avec l’innovation, donc de placer la personne en situation de handicap ou de perte d’autonomie au cœur du dispositif en testant les solutions », précise Fanny Cohen.

Handilab a été créé pour rendre le quotidien des porteurs de handicap plus facile. © Rudzhan, Adobe Stock
Une approche positive du handicap
Soixante startups y sont incubées depuis l’ouverture en 2024, avec une pluralité de maturité, de l’idéation au développement international. « Cela permet de créer des connexions et des dynamiques croisées pour déployer sa solution plus vite et plus loin, et ainsi transformer les usages, faciliter le quotidien et développer l’accès à l’autonomie », souligne-t-elle. D’autant qu’elles ont l’opportunité de côtoyer de grands groupes comme Axa, L’Oréal, Orange, Groupe Bouygues et Crédit agricole IDF pour développer les projets à grande échelle.
Des groupes qui peuvent de leur côté bénéficier du Handilab Learning, un organisme de formation certifié Qualiopi en partenariat avec des institutions académiques d’excellence. La loi oblige en effet les entreprises d’au moins 20 salariés d’employer des travailleurs handicapés à hauteur d’au moins 6 % de leur effectif total. Celles de 250 salariés et plus doivent, elles, désigner un référent handicap chargé d’animer la politique handicap et d’accompagner les salariés concernés. « Nous souhaitons que le handicap ne soit pas vu comme une contrainte, mais au contraire comme un véritable levier d’innovation par des actions de sensibilisation et de formation », soutient Fanny Cohen.
Un modèle de performance, d’inventivité et d’engagement social
L’innovation en faveur du handicap commence d’ailleurs à bénéficier d’une certaine reconnaissance. À tel point que Handilab et cinq des startups qu’il accompagne, comme Remotion ou Wheelmove, ont été conviées au Consumer Electronics Show (CES) à Las Vegas, le plus grand salon mondial dédié aux innovations technologiques en électronique grand public. Selon Fanny Cohen, « cette présence témoigne de la reconnaissance internationale croissante de l’écosystème français du handicap, devenu un modèle de performance, d’inventivité et d’engagement social ».

Cinq startups de Handilab ont été conviées au CES. © Handilab
« Près de la moitié des entreprises françaises présentes étaient dédiées aux sujets de la santé, ce qui est le reflet des préoccupations de nos sociétés », a-t-elle d’ailleurs pu constater in situ.
Le mieux vivre et le mieux vieillir touchent en effet à la fois à la démographie vieillissante de la population, à une nouvelle vision du bien-être qui ne se limite plus à la santé physique, mais aussi à l’équilibre mental, au lien social, au bien-être mental et à la volonté d’une grande inclusion et accessibilité pour tous.