Alexander Mattelaer est un stratège doué et un pédagogue apprécié. Il est désormais aux commandes de la war room du ministre.
Son arrivée au cabinet de la Défense ne surprend guère. Entre les deux hommes, le courant passe, ils sont sur la même longueur d’onde. Un an plus tôt, dans De Standaard, Alexander Mattelaer défendait l’idée qu’une « diplomatie crédible suppose la capacité – et la volonté – de recourir à la force ». Des propos musclés qu’aurait pu tenir l’élu de Lubbeek. À l’évidence, ils trouvent un écho favorable auprès du nationaliste.
Bardé de diplômes
Néerlandophone, ce polyglotte d’une famille originaire de Flandre-Occidentale a d’abord étudié les langues germaniques à la KU Leuven. Il enchaîne avec un master en relations internationales à l’université de Bath en Angleterre et, cerise sur le gâteau, défend une thèse de doctorat en sciences politiques à la VUB. C’est dans cette université qu’il enseigne notamment la sécurité internationale et la politique européenne. Il est aussi professeur invité au Collège d’Europe à Bruges.
Mattelaer est un fort en thème. IL est capable d’expliquer comment une décision budgétaire se traduit en capacités militaires concrètes, comment un engagement allié modifie l’équilibre de dissuasion, comment la planification à long terme structure la crédibilité d’un pays. Ses étudiants soulignent souvent sa rigueur analytique et sa vision d’ensemble.
La Belgique fait une croix sur l’avion de combat européen Scaf : « Mais il y a encore des opportunités »Porte-drapeau de l’Institut Egmont
Parallèlement, il est depuis plusieurs années le porte-drapeau de l’Institut royal des relations internationales Egmont – carrefour où se croisent diplomates, officiers supérieurs, responsables européens et experts internationaux – où il s’est imposé comme un intervenant qui pèse dans le débat stratégique.
Mattelaer y publie des analyses sur l’Otan, la posture de défense européenne, la transformation militaire et la planification capacitaire. Depuis plus d’une décennie, il dialogue avec les décideurs civils et militaires.
Son rôle l’a placé au centre d’un réseau comprenant états-majors, cabinets ministériels, institutions européennes, chercheurs américains. Il connaît les logiques internes de la Défense belge, les équilibres entre composantes, les contraintes industrielles, les réalités budgétaires.
Pour Théo Francken, l’attaque israélo-américaine sur l’Iran est « absolument » justifiéeLa dissuasion nucléaire
C’est incontestablement sur le terrain de la dissuasion nucléaire que son profil prend une dimension particulière. Le professeur Mattelaer a notamment travaillé sur les fondements stratégiques de la dissuasion : crédibilité, signalement politique, intégration des capacités conventionnelles et nucléaires, cohérence alliée.
Pour le ministre Theo Francken, disposer d’un conseiller, capable d’expliquer les subtilités doctrinales de l’Otan, les implications du renouvellement des capacités aériennes ou les équilibres entre défense conventionnelle et nucléaire, constitue un atout considérable. Pour le ministre nationaliste, la dissuasion ne se décrète pas : elle se construit dans la cohérence, la constance et la crédibilité. Mattelaer en maîtrise les ressorts.
Un conseiller capable de penser à vingt ans
Chercheur régulièrement invité aux États-Unis, le nouveau sherpa de Theo Francken a également développé une compréhension fine dans le domaine de la défense stratégique américaine.
Ce qui frappe chez Alexander Mattelaer, c’est la cohérence de son parcours à la VUB et à l’Institut Egmont. Et aujourd’hui, au cabinet du ministre Francken, cette somme d’expériences se transforme en action. La Belgique dispose, avec lui, d’un conseiller capable de penser à vingt ans.
Mattelaer est la dernière recrue d’une longue série au cabinet de Theo Francken. Tous ne sont pas issus des rangs de la Défense. Les « communicateurs » ont occupé des fonctions au sein du parti nationaliste comme Joachim Pohlmann, ancien chef de cabinet Culture chez Jan Jambon, Joren Vermeersch, la plume du ministre, et Jan Van Camp, porte-parole et ancien responsable de la communication de la N-VA.
Alexander Mattelaer n’est pas le seul universitaire au sein du cabinet : Cind Du Bois, professeure à l’École royale militaire et à Sciences Po Paris, avait rejoint le cabinet Francken l’an dernier.