Réécrire les statuts de zéro

Lundi, le bureau de parti du PS s’est accordé sur ce quatrième chantier. Il a été décidé de réécrire complètement les statuts de la formation. « Comme s’ils n’existaient pas », explique Paul Magnette, président. Les socialistes vont donc repartir de zéro.

L’idée est de dire : « Si on constituait un parti socialiste aujourd’hui, comment est-ce qu’on organiserait les règles ? Quelles règles mettrait-on en place ? Comment recrute-t-on des militants, comment on les forme, comment on les implique, comment on milite au quotidien, à la fois dans la rue, dans les parlements, sur le terrain local, mais aussi aujourd’hui sur le terrain des réseaux sociaux, etc. »

Le PS a ouvert une école de militants pour reprendre le contrôle du récit politique

Un des volets le plus important de ce chantier de réécriture des statuts porte sur les règles d’éthique et de gouvernance. Le PS ambitionne d’être le parti belge à la pointe sur ces questions. D’être à la fois irréprochable dans sa structure et son fonctionnement, mais également un modèle exemplaire dans l’image qu’il renvoie vers l’extérieur.

Pour ce faire, le PS va se doter d’un cadre interne extrêmement strict sur les questions éthiques. Cela va de la tolérance zéro pour les violences sexistes et sexuelles (VSS) au contrôle strict des aspects déontologiques : ingérence étrangère, corruption, détournement d’argent, jetons de présence. Seront également scrutées les communications publiques, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le discours politique ou encore les participations dans le privé.

« On en souffre plus que d’autres »

Paul Magnette le reconnaît. Le PS traîne cette image négative de parti des affaires : Publifin, Nethys, Samusocial, les faits de mœurs de Luperto, la Carolorégienne, Californiagate… « On ne va pas cacher qu’on a quand même eu quelques difficultés dans le passé. »

BRUSSELS, BELGIUM - FEBRUARY 05:  Paul Magnette (PS) pictured during Plenary session of the Federal parliament on February 05, 2026 in Brussels, Belgium, 05/02/2026 ( Photo by Philip Reynaers / Photonews

BRUSSELS, BELGIUM - FEBRUARY 05:  Paul Magnette (PS) pictured during Plenary session of the Federal parliament on February 05, 2026 in Brussels, Belgium, 05/02/2026 ( Photo by Philip Reynaers / Photonews

BRUSSELS, BELGIUM – FEBRUARY 05: Paul Magnette (PS) pictured during Plenary session of the Federal parliament on February 05, 2026 in Brussels, Belgium, 05/02/2026 ( Photo by Philip Reynaers / Photonews

©PRE

Mais le PS n’est pas le seul à avoir des casseroles. Les Engagés, du temps du cdH, ont dû se coltiner l’étiquette des « collaborateurs fantômes » de Joëlle Milquet pendant des années. L’image du MR est associée au Kazakhgate et aux soupçons de blanchiment d’argent qui pèsent sur Didier Reynders. « Tous les partis malheureusement peuvent être à un moment donné affectés par des problèmes de ce type. »

Seulement, au PS, « on en souffre plus que d’autres », se désole Paul Magnette. « Je pense que le MR souffre beaucoup moins [de l’effet médiatique et politique provoqué par les révélations concernant Didier Reynders et la Loterie nationale, NdlR] que nous en souffririons si nous étions concernés. Quand on est un parti de gauche qui défend des valeurs éthiques, des valeurs de justice sociale… on doit être plus exigeant que quand on est un parti de droite qui ne se cache pas d’être plus proches des plus nantis et dont les membres ont un autre rapport à l’argent. »

Commission spéciale VSS

Pour atteindre cet objectif d’exemplarité, le PS veut s’inspirer de ce qui se fait à l’étranger. Ses modèles, ce sont notamment les partis nordiques membres du Parti socialiste européen (PSE), à la pointe en matière d’éthique interne. Le PS dispose de commissions de vigilance dans ses fédérations, d’une commission de vigilance nationale et d’une commission de déontologie. Dorénavant, il aura également une commission spécialisée sur les violences sexistes et sexuelles.

Le volet sur la prévention en matière de VSS a été coordonné par Caroline Désir, accompagné d’un groupe principalement composé de femmes pour mettre en place des mécanismes de prévention et de sanction. Une référente sera nommée dans le parti pour surveiller et éviter les dérapages. « Les violences sexistes, je le vois tous les jours. Certains parlementaires ont des propos vraiment limites, comme lorsqu’on [Georges-Louis Bouchez, NdlR] dit, dans une interview, je n’aimerais pas que ma femme aille coucher dans le lit d’un autre. Honnêtement, c’est d’un autre temps. »

Après les propos chocs de Bill White, le PS demande que la commission de déontologie se penche sur le député N-VA Michaël Freilich

Avec ces mécanismes de prévention et de contrôle, le PS veut anticiper tous les risques. Cela concerne également les risques d’ingérence, comme lorsque des députés sont liés à des formations étrangères, se font inviter par des puissances étrangères dans des formats peu transparents, sont soumis à du lobbying ou reçoivent des cadeaux. « Tous les cadeaux types doivent être refusés, seuls les cadeaux symboliques peuvent être acceptés et encore, ils doivent être consignés. »

Sont également visés les conflits d’intérêts, tels les participations dans une société liée à des mandats ou les demandes de subsides liés à cette activité. L’objectif final est de renforcer la démocratie interne tout en protégeant l’image du mouvement contre d’éventuels scandales futurs. Le tout devra être sur les rails l’année prochaine afin que le PS puisse se préparer aux prochaines élections.

Vaste chantier.