Ce 5 mars 2026, MC Solaar a 57 ans. Figure majeure du rap hexagonal depuis les années 1990, le poète de Bouge de là n’a jamais caché son admiration pour les grands auteurs de la chanson française.
Parmi eux, un nom revient avec insistance : Charles Aznavour. Une relation artistique qui s’est doublée d’une rencontre aussi improbable que mémorable… autour d’un appartement.
Le 1er octobre 2018, au lendemain de la mort de Charles Aznavour à 94 ans, MC Solaar est l’invité d’une édition spéciale sur Europe 1. Ému, il rend hommage à celui qu’il considère comme un maître.
Une rencontre improbable
« Il parle à toutes les générations », estime-t-il d’emblée. Puis il développe : « Je retiens que c’est un formidable conteur, qui se met dans la peau des autres. Les sentiments transparaissent, il voulait faire vibrer l’être humain. On est au-delà de la chanson, il nous parle à l’oreille. On entre dans un univers et ce sont des histoires d’êtres humains ».
Mais c’est une anecdote personnelle qui marque les esprits. « Je l’ai rencontré de manière très bizarre. Je cherchais un appartement et je devais rencontrer le propriétaire, et je tombe sur Charles Aznavour. J’ai failli tomber en syncope ». Le rappeur raconte alors une scène digne d’un film : lui, simple candidat à la location, face au monument de la chanson française.
À Nikos, il avoue alors : « Nous nous connaissions [de réputation] et il m’a pris dans un coin à part pour me dire énormément de choses. Il a dit que comme j’étais artiste, l’appartement était pour moi ». Un passe-droit inattendu, accordé au nom de la création et d’une fraternité entre auteurs.
L’hommage de MC Solaar
Au fil des hommages, MC Solaar ne cesse de souligner l’influence d’Aznavour. Sur RTL, le 2 octobre 2018, il insiste sur la précision de sa plume : « Son écriture était extrêmement précise, sans mots inutiles et qui racontait des sentiments, c’était en quelque sorte comme des tableaux hyperréalistes ».
Le parolier s’attarde sur la construction des chansons : « Il jouait avec les mots, comme en témoigne la chanson ‘For me formidable‘, on voit l’évolution du personnage, on dirait de la musique pour acteurs, on dirait du théâtre (…) Dès les premières phrases, on est enfermé dans un univers, dans le thème qu’il veut développer, ses chansons étaient extrêmement imagées ».
Pour celui qui a toujours revendiqué une écriture ciselée, l’héritage est évident. Aznavour, explique-t-il, « parlait sans cesse de la société française, tout le monde l’écoutait ». Et d’ajouter : « Aznavour était écouté par des prisonniers, ses chansons leur faisaient penser à leur quotidien ».
Charles Aznavour admiré par les rappeurs
MC Solaar salue également l’ouverture d’esprit du chanteur. « Je l’ai vu s’intéresser à ce qu’il se passe dans la société et fréquenter des jeunes, comme Grand Corps Malade, Amel Bent ou Kery James. Comme s’il voulait paver la route pour que les gens n’aient pas les difficultés qu’il a eues ».
Selon lui, Aznavour écoutait du rap « avant même que ce ne soit un phénomène majoritaire ». Une curiosité rare chez un artiste de sa génération. « Il s’est battu à l’Académie Charles-Cros pour faire reconnaître que certaines chansons de rap étaient de la musique et puis il y est arrivé (…) Pour les rappeurs, c’est un boss, un patron ».
Ce respect était réciproque. Peu avant sa disparition, l’interprète de La Bohème confiait écouter « essentiellement MC Solaar et Grand Corps Malade », qu’il qualifiait de « grands poètes ». Une reconnaissance qui, pour le rappeur, vaut toutes les récompenses.
Une transmission symbolique
Au-delà de l’anecdote immobilière, la reprise de l’appartement d’Aznavour par MC Solaar prend une dimension presque symbolique. Comme si, en lui confiant les clés, le monument de la chanson passait le relais à l’un des artisans les plus raffinés du rap français. Deux univers, deux générations, mais une même exigence d’écriture.
En près de soixante ans de carrière, Charles Aznavour aura traversé les époques. En plus de trente ans de scène, MC Solaar a su imposer le rap comme une littérature populaire. Leur rencontre, née d’un simple rendez-vous immobilier, raconte quelque chose de plus grand : la continuité d’une tradition française où le verbe prime.
Le 5 mars 2026, alors que MC Solaar célèbre ses 57 ans, cette « syncope » racontée avec humour résonne comme un moment suspendu. Celui où un jeune rappeur, impressionné, s’est retrouvé face à une légende… et en est reparti avec bien plus qu’un appartement : un adoubement.
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