Les pouches, les petits sachets de nicotine sans tabac, seront interdits à partir du 1er avril en France. Pourtant, cette alternative à la cigarette séduit, en Suisse comme en Europe. Les consommateurs et consommatrices sont le plus souvent jeunes et pas forcément majeurs.
Les pouches sont des petits sachets en fibre imprégnés, vendus dans des boîtes rondes colorées. Leurs arômes sont souvent mentholés ou fruités. Ils contiennent de la nicotine, mais pas de tabac, ce qui les différencie des snus, interdits dans l’ensemble de l’Union européenne sauf en Suède et en Suisse.
Les jeunes, premières victimes
Quant aux pouches, la Belgique les a interdits dès 2023. La France lui emboîte le pas en 2026, en réaction à un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qui a relevé une augmentation des cas d’intoxications dues aux alternatives au tabac depuis 2017. Selon ce rapport, « la majorité des personnes intoxiquées via la consommation de sachets de nicotine étaient âgées entre 12 et 17 ans. Cette consommation était intentionnelle et, pour certaines d’entre elles, signalées par le personnel d’établissements scolaires. Ces ados présentaient des syndromes nicotiniques aigus, parfois de sévères vomissements prolongés avec risque de déshydratation, convulsions, troubles de la conscience ou hypotension. » L’autorité sanitaire française souligne aussi que le nombre de cas est probablement sous-estimé.
À noter que les produits de substitution nicotinique vendus en pharmacie (gommes, pastilles pour le sevrage) ne sont pas concernés par cette interdiction.
Des auditeurs d’On en parle avaient déjà contacté l’émission à ce sujet en 2024. Des échantillons de pouches leur avaient été distribués dans la rue, à la manière de bonbons. Un cadeau pas forcément apprécié, car la nicotine reste une substance addictive. Si cette distribution se limitait aux adultes, les marques de pouches sont actives sur les réseaux sociaux, ce qui ne fait pas vraiment de doute sur leur cible commerciale : les jeunes, avec des slogans comme « À tout moment, n’importe où » (Philipp Morris) et « Quand tu veux où tu veux » (BAT).
Des risques de surdosage
En analysant la composition des sachets de pouches, dont certaines marques sont aussi vendues en Suisse, l’institut national de la consommation français (INC) relève d’autres aspects problématiques. Ils contiennent « jusqu’à cinq métaux lourds différents », dont le plomb, l’antimoine (potentiellement cancérogène), le formaldéhyde (substance toxique et corrosive) et « jusqu’à 6,5 fois les quantités d’arsenic présentes dans une cigarette ».
En Suisse, le taux de nicotine des pouches n’est pas réglementé. Il faut donc faire preuve de vigilance face au risque de surdosage. Certaines nicotine Pouches contiennent par exemple 17 mg de nicotine par pièce dans une boite de 24 sachets.
De leur côté, les marques affirment que les pouches sont des alternatives moins nocives à la cigarette. Une affirmation à nuancer selon Maxime Mellina, responsable formation au GREA, le Groupement romand d’étude des addictions. « Quand les produits sont chauffés à plus de 200 degrés, plus de 70 substances cancérigènes sont relâchées. Comparativement, les pouches sont un peu plus sûres, même si idéalement, il ne faut rien consommer. Si l’on consomme tout de même, autant opter pour le moins nocif. Par exemple, dans le cas d’un adulte qui fume des cigarettes quotidiennement, les pouches sont clairement moins nocives. Mais pour les personnes qui ne consomment pas, il ne faut pas que les pouches soient un produit d’appel », conclut Maxime Mellina dans l’émission On en parle du 4 mars 2026.
Sujet radio: Johanna Commenge
Adaptation web: Myriam Semaani