Ce n’est plus de la politique, c’est de la sédition institutionnelle. En prétendant que sa lecture du droit européen prévaut sur celle de la plus haute juridiction du pays, Mme Van Bossuyt ne fait pas que « traiter mal » le dossier migratoire ; elle organise l’impuissance du judiciaire face à l’exécutif. Si les flux migratoires ne sont pas aussi importants qu’en 2015, le débat sur la migration est légitime. Il traverse aujourd’hui toute l’Europe, où la pression politique pour « reprendre le contrôle » de ces flux s’est considérablement renforcée. Les gouvernements cherchent à durcir les conditions d’accueil, à accélérer les retours ou à externaliser l’asile. Mais aucune politique publique, aussi ferme soit-elle, ne peut s’affranchir du cadre juridique qui fonde la démocratie.
Prétendre protéger les citoyens en piétinant les juges est un calcul à courte vue. Car si l’on peut aujourd’hui ignorer un arrêt sur l’accueil des réfugiés, qu’est-ce qui empêchera demain un gouvernement de s’asseoir sur d’autres droits humains ? Heureusement, le droit a la dent dure. Les astreintes financières et la Cour de justice de l’Union européenne rappelleront sans doute à l’ordre un gouvernement qui semble avoir oublié que, dans une démocratie digne de ce nom, personne, pas même une ministre, n’est au-dessus de la loi. L’indécence politique finit toujours par se payer.