Souvenez-vous, on en parlait pendant la crise du Covid : lorsqu’une pièce mal ventilée franchit un certain seuil de dioxyde de carbone (CO2), l’air devient malsain. Il favorise la circulation des virus. Mais ce n’est pas tout. Plusieurs études scientifiques l’ont montré. Certaines suggèrent, par exemple, des effets marqués sur nos capacités cognitives dès la concentration de 1 000 parties par million (ppm).

I carry my CO2 monitor everywhere – it helps me make choices. The very high 2819 reading was in an Uber with all of the windows closed (I immediately opened them). The more comforting 685 was in a taxi on the same day where the windows had been left open by 3cm. #ventilation pic.twitter.com/TREyUrHLKq

— Michelle Dickinson PhD (@medickinson) July 12, 2022Du huis clos au grand air

Et si cette pollution invisible ne s’arrêtait pas aux murs de nos maisons ? Car le CO2, nous le savons bien, s’accumule désormais jusque dans notre atmosphère. Il y a quelques années déjà, des chercheurs du Kids Research Institute (Australie) montraient que le phénomène endommage les poumons des jeunes souris.

Les poumons, le cerveau et les reins. Aujourd’hui, ils franchissent un nouveau cap. Dans la revue Air Quality, Atmosphere and Health, ils publient une étude qui suggère que notre propre corps s’adapte à ce nouvel air qu’il doit respirer. Alors une question se pose : jusqu’où cela sera-t-il possible ?

Une équipe internationale de chercheurs révèle que les niveaux de CO2 dans l'atmosphère terrestre sont désormais comparables à ceux qui prévalaient il y a 14 millions d’années. © AngrySun, Adobe Stock

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Le niveau de CO2 sur Terre n’a jamais été aussi haut depuis 14 millions d’années !

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Dans nos veines, les chercheurs pointent un témoin discret de ce changement : le bicarbonate sérique. Il a été retrouvé dans des concentrations augmentées d’environ 7 % entre 1999 et 2020 dans les analyses sanguines réalisées tous les deux ans de quelque 7 000 personnes.

Or le rôle du bicarbonate est de stabiliser le pH du sang lorsque le taux de CO2 augmente. D’où la conclusion des chercheurs que le taux de dioxyde de carbone dans le sang des êtres humains est en augmentation.

L’étude n’établit pas de causalité directe avec les émissions à l’origine du réchauffement climatique. Les taux de CO2 en intérieur restent d’ailleurs généralement bien supérieurs. Mais les tendances sont suffisamment troublantes pour donner le vertige. « Il semble que nous soyons adaptés à une certaine concentration de CO2 dans l’air qui a peut-être été dépassée », avancent ainsi les chercheurs.

Quand notre atmosphère réécrit notre biologie

L’ennui, c’est qu’il existe une limite considérée comme saine du taux de bicarbonate dans le corps humain. Les chercheurs estiment aujourd’hui qu’à l’allure observée ces vingt dernières années, cette limite pourrait être atteinte d’ici cinquante ans. Selon eux, l’être humain a évolué dans une atmosphère contenant entre 280 et 300 ppm de CO2.

Jusqu’ici, l’équilibre délicat entre taux de CO2, pH sanguin, rythme respiratoire et taux de bicarbonate dans le sang était maintenu. Nous en sommes désormais rendus à quelque 420 ppm.

Avec ce taux plus élevé que jamais, le dioxyde de carbone semble s’accumuler dans notre organisme et faire apparaître une nouvelle dimension du risque climatique. « Peut-être ne pourrons-nous jamais nous adapter au point qu’il devienne réellement vital de limiter les niveaux de CO2 dans l’atmosphère », concluent les chercheurs.