Cinq directeurs en dix ans
« Nous perdions du volume, depuis le Covid, parce que l’online a pris le dessus et qu’il y a moins de ventes en magasins physiques. » Il pointe également des difficultés plus larges liées au positionnement de la marque. « Je pense que le positionnement d’H & M est mauvais au niveau de la mode en général. La marque a du mal à se positionner. SheIN et Temu font par ailleurs beaucoup de mal. »
Mais au-delà de la concurrence, Moussa Khalid évoque aussi et surtout des problèmes de gestion interne. « Nous sommes victimes d’une mauvaise gestion, de gens qui progressent en interne sans avoir les compétences. Nous avons connu cinq directeurs en dix ans, c’est énorme. On n’a jamais vraiment eu de direction stable pour donner une direction claire. Il y a eu des problèmes d’absentéisme, de performance aussi. »
Pourtant, ce jeudi, le discours officiel était différent. « On nous dit que la performance est bonne, mais que le coût est 20 centimes au-dessus des deux autres sites, donc plus facile de nous licencier. Le licenciement, c’est pour une question de coût, pas de performance. On est à 49 centimes la pièce qui sort, contre 33 centimes chez les autres. Tout ça est lié à une mauvaise gestion. Les directeurs précédents n’ont pas fait le travail de minimiser certains coûts. Et aujourd’hui, nous en subissons les conséquences. »
« Les travailleurs sont à terre »
L’état d’esprit des équipes est décrit comme particulièrement lourd. « Les travailleurs sont à terre, tous choqués. Personne ne s’y attendait. Personnellement, je ne sais pas si je suis choqué ou non, on a pris l’annonce, il faudra maintenant la digérer et gérer. Dès demain matin, ce sera branle-bas de combat, il faudra répondre aux gens, tenter de leur apporter des réponses alors qu’on ne les a pas forcément. »
La situation est d’autant plus dramatique que de nombreux couples travaillent sur le site. « Il y a beaucoup de couples ici, donc deux pertes d’emploi dans le même ménage. Pour ces personnes-là, c’est dramatique. Nous avons aussi beaucoup de travailleurs peu qualifiés. Ils vont se retrouver sur le marché du travail, sans certitude de pouvoir retrouver un emploi rapidement. La situation est dramatique. »
Au-delà du cas de Ghlin, Moussa Khalid élargit la réflexion. « Notre sentiment, face à ces annonces, c’est toujours le même : les sociétés annoncent, et nos gouvernements ne bougent pas. On souffre de la concurrence des pays de l’Est mais rien n’est fait pour que ce genre de choses n’arrivent plus. » Il évoque notamment l’ouverture annoncée d’un important bâtiment logistique en Tchéquie, totalement automatisé. « Ce hub logistique, c’est un drame social à venir ailleurs encore. On ne peut pas concurrencer des salaires à 500 euros. »
Alors que la procédure d’information et de consultation débute, l’inquiétude domine à Ghlin. Pour les travailleurs, le choc laisse désormais place à une seule certitude : l’avenir s’annonce incertain.