Interrogé par le média Brut, l’acteur qui prête ses traits à un collabo dans le nouveau film de Xavier Giannoli assure chercher davantage la « cohérence artistique » que le succès.
Premier réflexe, il a décliné la proposition du réalisateur Xavier Giannoli. Jouer un patron de presse collabo sur trois heures et quart est une gageure. « Mais ça, c’était la trouille », commente-t-il sur le plateau du média Brut. Jean Dujardin, qui se réjouit finalement d’incarner l’ambiguïté de Jean Luchaire dans Les Rayons et les Ombres, au cinéma le 11 mars, a souvent hésité avant de prendre des rôles. Et a « beaucoup dit non ».
« Peut-être ai-je pu compter sur une petite étoile ou un ange gardien qui me disait “n’y va pas, ce n’est pas le bon endroit, ce n’est pas le bon moment” », se félicite l’acteur de 53 ans, oscarisé pour The Artist (2011) et entré dans la culture populaire avec les personnages loufoques de Brice de Nice ou OSS 177, après un premier succès dans le feuilleton Un gars, une fille .
« Je ne m’y voyais pas »
« Quand ça a commencé à marcher en télé, des metteurs en scène m’ont dit : “prenez ce scénario et vous allez devenir une star”. Vraiment tout ce qu’il ne fallait pas me dire », estime Dujardin, qui dit ne pas chercher le succès « à tout prix ».
Cette forme d’intuition ou de prudence l’a fait décliner le rôle de Kad Merad dans Bienvenue chez les Ch’tis (2008), ainsi qu’il le confirme face aux caméras de Brut. « C’était par cohérence, je ne me voyais pas dans le personnage. Si je suis cohérent, je vous dirai : “Non, c’est pour Kad Merad”. Il y en a d’autres comme ça que j’ai refusés et que je ne peux pas regretter, puisque je ne me vois pas dedans. »
Dans Bienvenue chez les Ch’tis, meilleur résultat d’un film français au box-office national, Kad Merad incarne un receveur des postes amoureux de la Côte d’Azur qui découvre, à sa grande stupéfaction, que le nord de la France n’est pas la Sibérie. Pour ce rôle, qui a projeté Kad Merad dans la lumière, le réalisateur Dany Boon avait aussi songé à José Garcia et, surtout, à Daniel Auteuil.
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Au moment où Dany Boon tournait sa future comédie culte à Bergues, Jean Dujardin, lui, découvrait le scénario d’OSS 117 : Rio ne répond plus. Les aventures du plus mauvais agent du SDECE. Un rôle comme il les affectionne. « J’ai très vite eu envie d’aller me faire peur (avec des personnages, NDLR), parfois d’aller me faire mal », déclare le comédien, qui estime que ses choix répondent à une curiosité artistique. Et le succès ? « J’en ai eu, j’en ai eu moins. Est-ce que j’en aurai encore, je n’en sais rien. Mais tant que je peux regarder ma filmographie, ça me va. »