FIGAROVOX/TRIBUNE – En Belgique, trois affaires récentes, dont la sanction d’un média pour avoir retranscrit un discours de JD Vance, montrent que le «cordon sanitaire» est devenu un instrument de censure, dénonce Alain Destexhe, sénateur honoraire belge.
Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société, Éditions Texquis, 2025.
En Belgique, trois affaires récentes de censure illustrent la dérive vers un régime autoritaire qui avance masqué derrière la rhétorique antifasciste et son corollaire le cordon sanitaire. D’abord, le professeur Éric Muraille de l’Université libre de Bruxelles (ULB) a invité pour une conférence Nora Bussigny, auteure du livre Les Nouveaux Antisémites, une enquête d’une infiltrée dans les rangs de l’ultragauche. Malgré les menaces, elle a pu se tenir sous haute protection policière, mais a été reléguée en périphérie bruxelloise, loin du campus central. Des associations étudiantes réclament désormais la tête d’une des dernières voix libres d’une université qui ne l’est plus.
Ensuite, dans un paysage médiatique dominé par la gauche, le nouveau média en ligne 21News au positionnement libéral-conservateur – ce qui constitue déjà une sorte de blasphème dans ce milieu – vient d’être condamné par le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) pour avoir reproduit le discours de JD Vance à la conférence de Munich. Le CDJ, financé par des fonds publics, lui reproche de ne pas l’avoir contextualisé et d’avoir contrevenu à sa responsabilité sociale, le texte du vice-président des États-Unis risquant «de rendre le public hostile au fonctionnement des démocraties européennes ou d’inciter au racisme, à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les migrants ». On se souvient aussi que la chaîne publique, la RTBF, avait diffusé en différé le discours inaugural de Donald Trump. Pour le CDJ, il convient de protéger les oreilles et les cerveaux des brebis belges, incapables de se faire une opinion par elles-mêmes.
Éric Zemmour, Jordan Bardella, mais aussi Caroline Fourest, Raphaël Enthoven, Marguerite Stern ou encore Mathieu Bock-Côté ont tous vu leurs conférences en Belgique empêchées, annulées ou déplacées sous la menace physique.
Cette censure est d’autant plus choquante qu’elle émane des journalistes eux-mêmes, qui devraient être les premiers à défendre la liberté d’expression, mais qui se transforment en zélés commissaires politiques, au nom du respect du «cordon sanitaire», censé combattre une extrême droite fantasmée dont le périmètre s’élargit sans cesse. Enfin, le plus choquant est l’interdiction – pour la première fois depuis 25 ans – faite au Centre Jean Gol, le centre d’études du Mouvement Réformateur, de participer à la Foire du Livre de Bruxelles. Sous l’impulsion de son président, Georges-Louis Bouchez, ce parti a opéré un léger virage à droite, gagnant les dernières élections et mettant ainsi fin à soixante-dix ans de domination socialiste. Son positionnement, pourtant centriste, entre les Macronistes et les Républicains, heurte de plein fouet une gauche culturellement dominante, peu habituée à être contestée par un monde politique généralement soumis à ses diktats.
Face aux protestations du Mouvement Réformateur, dans une magnifique inversion orwellienne du sens des mots, nos censeurs-organisateurs ont répondu que «La Foire du Livre ne cédera pas aux pressions politiques et préservera sa mission première : la liberté d’expression». En Belgique, comme dans le roman 1984 : 2 + 2 font 5 ou comme dans le tableau de Magritte «ceci n’est pas une pipe».
«En Belgique, la RTBF censure Trump mais invite les islamistes»
Depuis longtemps, dans la tradition violente de l’extrême gauche, des groupes antifas s’emploient à faire taire toute voix qu’ils jugent «fasciste». Éric Zemmour et Jordan Bardella, mais aussi Caroline Fourest, Raphaël Enthoven, Elie Barnavi, Florence Bergeaud-Blackler, Marguerite Stern ou encore Mathieu Bock-Côté ont tous vu leurs conférences en Belgique empêchées, annulées ou déplacées sous la menace physique. À l’inverse, comme le fut jadis Tariq Ramadan avant ses condamnations pour viols, Rima Hassan est accueillie en icône à l’ULB, dont elle est la marraine de la promotion de droit 2025.
Le Mouvement Réformateur n’échappe plus à cette mécanique d’intimidation. Chaque déplacement de Georges-Louis Bouchez dans une grande ville nécessite désormais une protection policière contre les antifas qui ont même réussi à faire annuler une conférence du ministre de l’Intérieur du même parti. Le plus inquiétant réside dans l’indifférence des autres partis politiques et dans la complicité feutrée des médias, qui mentionnent ces affaires sans y voir des anomalies démocratiques majeures. S’il ne pesait 30% de l’électorat, ils placeraient volontiers le Mouvement Réformateur – et surtout son président – derrière le cordon sanitaire. La démocratie belge se meurt à petit feu. Il faut couper ce cordon mortifère.