Vous avez attrapé froid ?
« En général, ce genre de chose vient à la suite d’une période d’angoisse. J’ai été cambriolé il n’y a pas très longtemps. Ça a été très pénible, la visite de ces gens qui rentrent chez vous, la nuit comme ça… »
Vous avez encore dû annuler un concert au Havre ce dimanche 1er novembre. C’est un crève-cœur pour vous de devoir renoncer à des concerts ?
« Bien sûr. Mais ils ne sont pas annulés, ils sont reportés à des dates ultérieures. Les gens qui ont pris des billets n’ont pas perdu leur argent, les tickets seront valables pour les prochaines dates. »
Moi, je ne suis ni de droite ni de gauche. Par conséquent, je trouve que tout ça, c’est du temps perdu. C’est insupportable.
À 97 ans, qu’est-ce qui vous pousse encore à monter sur scène ?
« La vraie question est plutôt : qu’est-ce qui me pousserait à ne plus chanter ? Il n’y a rien qui puisse m’arrêter. Ou bien si, une chose : si l’Europe continue à faire des histoires avec une politique ridicule. Moi, je déteste la politique. Ils se battent entre eux, gauche contre droite, droite contre gauche. Moi, je ne suis ni de droite ni de gauche. Par conséquent, je trouve que tout ça, c’est du temps perdu. C’est insupportable. C’est une forme de guerre nouvelle. Et je crois que c’est pendant la guerre qu’il faut chanter. »
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Sur scène, vous reprenez vos succès, mais vous proposez aussi des chansons moins connues. Comment construisez-vous votre répertoire ?
« Il y a 440 chansons. En Belgique, les gens en connaissent peut-être une dizaine. Mais il y a beaucoup de chansons magnifiques qui ne sont pas connues parce que les gens de radio ne font pas correctement leur métier. Mais donc, pour répondre à votre question, je chante aux gens les chansons qu’ils attendent de moi. Cela représente environ 50 % du spectacle. Ensuite, je leur dis : « Maintenant que je vous ai fait plaisir, je vais me faire plaisir en vous chantant des chansons que vous allez découvrir. » C’est donc du 50-50. »
Vous avez récemment perdu Vline Buggy, avec qui vous avez collaboré à vos débuts. Elle représentait quoi pour vous ?
« Vline a été ma collaboratrice pendant un certain temps, assez court d’ailleurs. Mais nous avons fait des chansons ensemble (NDLR : Céline, Adieu Monsieur le professeur, Le petit âne gris…) En réalité, Vline a eu en quelque sorte le rôle d’une sage-femme. Elle me proposait des choses, je les écoutais et puis je les modifiais, pour que ce soit une chanson faite à deux. Je vous raconte ça parce que dans ma carrière, j’ai un peu souffert de ce que les gens croyaient que ce n’était pas moi qui écrivais les chansons. »
Beaucoup de mélodies de vos chansons restent en tête…
« Ce qui m’intéresse, moi, dans la chanson, c’est la musique d’abord. Même Georges Brassens disait que la musique est plus importante que les paroles. Et souvent, la musique, ce n’est pas moi qui l’ai faite. Je n’ai d’ailleurs jamais écrit des paroles que j’ai ensuite mises en musique, ou alors très, très rarement. »
Le bonheur du chanteur, c’est de voir que le public qui est venu l’écouter est heureux.
« Céline », « Le petit âne gris », « Adieu Monsieur le professeur », « Pauvre Benoît », « Stewball »… Ce sont toutes des chansons tristes. Au point que vous avez modifié les paroles de certaines, comme celles du « Petit âne gris »…
« Contrairement à beaucoup d’artistes, j’estime qu’une chanson est faite pour rassembler les gens et pour les faire chanter. Alors, si, pour une raison quelconque, il y a une gêne, il ne faut pas hésiter à modifier la chanson. Le bonheur du chanteur, c’est de voir que le public qui est venu l’écouter est heureux. Par conséquent, j’ai modifié des tas de chansons. Pour Le petit âne gris, c’est un curé en Alsace qui m’a dit : « Pourquoi vous faites toujours pleurer les enfants ? » J’ai répondu : c’est parce que je chante des chansons qui les touchent au cœur. »
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Vous ne faites qu’une seule date en Belgique. Vous ne souhaitiez pas en faire plus ?
« Je n’ai pas envie de faire plus de concerts. J’en fais déjà presque trop. Parce qu’avec l’âge, les choses ont changé. Les voyages, c’est fatigant. Et puis les gens sont en grève. Les tournées sont devenues une galère, sauf quand on a la chance d’être milliardaire. »
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Je n’ai jamais été vraiment à l’aise matériellement, comme peuvent l’être certains artistes. Grâce à ça, je ne me suis jamais drogué.
Justement, vous aviez évoqué l’an dernier, dans « Paris Match », votre situation financière et les raisons qui vous poussaient à continuer à chanter. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
« Ça a toujours été bien parce que ça a toujours été mal ! Parfois, ce que vous croyez être de la malchance, c’est une chance. Il suffit de transformer ce qui vous est arrivé. Ça s’appelle la résilience. Donc, j’ai eu la chance d’être entouré d’escrocs qui ont dilapidé mon argent. Je n’ai jamais été vraiment à l’aise matériellement, comme peuvent l’être certains artistes. Grâce à ça, je ne me suis jamais drogué, je ne me suis jamais alcoolisé et je suis beaucoup plus peinard comme ça. »
Sauf pour les tournées…
« C’est vrai que si on n’est pas extrêmement riche comme Céline Dion, qui voyage dans des conditions particulières, avec son avion, c’est devenu un esclavage. Ce n’est pas rigolo du tout. Donc, je rêve de faire le moins de galas possible, en gagnant juste le nécessaire. Mais ça ne me dérange pas du tout. Moi, j’ai chanté devant 50 000 personnes, et ça m’a fait moins d’effet que de chanter pour 60 personnes dans un hôpital. »
Où en êtes-vous dans vos projets ? Vous parliez l’an dernier de quatre nouveaux albums, si Dieu vous prête vie…
« Ce sont des albums que je rêve de faire. On va faire ça dans les deux ans qui viennent. »
Quand les ministres de l’Éducation s’appelleront les ministres de l’Enseignement, je serai à leurs côtés pour leur donner des conseils.
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Comment regardez-vous la jeunesse française aujourd’hui et la colère qui s’exprime ?
« Je ne comprends pas qu’on détruise un collège, un lycée, une école, un instrument, un piano, un accordéon, une guitare… C’est lamentable. Maintenant, il y a beaucoup de choses à changer dans l’éducation en France. Les quatre ou cinq ministres de l’Éducation que j’ai rencontrés, ce sont des gens qui m’ont fait de la peine, car ils ne comprenaient pas ce que je disais. À l’école, on apprend la physique, la chimie, l’histoire, la géographie. On apprend parce qu’on a des enseignants. L’éducation, ça se fait sur le terrain de football ou dans le stade où on court le 400 mètres. C’est là qu’on apprend à un garçon à respecter un arbitre, les règles, le public… Quand les ministres de l’Éducation s’appelleront les ministres de l’Enseignement, je serai à leurs côtés pour leur donner des conseils. »
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Vous avez beaucoup chanté la liberté, l’amitié, la fraternité. La montée des discours racistes et des rejets de toutes sortes vous inquiète-t-elle ?
« Moi, je mets la fraternité avant la liberté, car votre liberté s’arrête ou commence celle des autres. La fraternité n’a pas de frontières, la liberté bien. Je suis contre les frontières entre les différentes religions. Le moment est venu de faire la paix entre les religions et de respecter que chaque religion respecte la religion du voisin. Ça s’appelle la laïcité. »
Moi je préfère l’intelligence superficielle, celle des animaux, l’instinct.
Vous intéressez-vous aux nouvelles technologies et notamment à l’intelligence artificielle ?
« Oui. C’est un peu catastrophique. Là, je ne suis pas capable de vous dire ce qu’il va se passer, mais je crains le pire. Moi je préfère l’intelligence superficielle, celle des animaux, l’instinct. »
Cette technologie permet de faire chanter des chanteurs morts. Qu’est-ce que vous en pensez?
« Je trouve ça lamentable. Je trouve ça nul, sans intérêt. »
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Que diriez-vous aux personnes qui hésitent à venir vous voir sur scène ?
« Si vous pensez que je peux vous aider à être heureux, alors venez me voir. Parce que je crois que l’être humain a un devoir : c’est d’être heureux. C’est capital. «
Vous êtes heureux, vous, pour l’instant ?
« Par moments, oui. Et quand je ne le suis pas, je sais pourquoi. Et donc j’essaie, en chantant, d’apporter des instants de bonheur. »
Hugues Aufray, « Escapada ! », mardi 24 novembre, 20 h, à la Sucrerie, Wavre. Places : 63 € et 75 €. www.lasucreriewavre.be
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