Pour ne rien arranger, l’ex-soirée des Magritte a été rebaptisée Les René du cinéma, la cérémonie qu’elle avait présentée l’an dernier, suivie par à peine 15 220 cinéphiles, ayant été jugée « trop politique » par la fondation Magritte. C’est dire les défis qui l’attendent et qui… la motivent plus que tout.

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« Ce que disent les artistes sur scène n’est pas de mon ressort, mais si on est venu me chercher, je pense que c’était justement pour mes blagues politiques, nous explique-t-elle. Ce côté-là, je l’assume pleinement. Pour moi, le cinéma est politique, c’est un reflet du monde et de la société. Je n’ai donc pas trop compris que cela ait choqué certains : si ça, c’était trop politique, c’est inquiétant parce que c’était à dose homéopathique. »

Vous allez poursuivre dans ce sens cette année ?

« Quand je regarde une cérémonie aseptisée, je ressens une sorte de malaise. Je sens qu’il y a un éléphant dans la pièce et des non-dits. Mon rôle, c’est parfois de dire les non-dits et d’effleurer habilement l’éléphant dans la pièce. L’esprit sera le même mais on renouvelle la présentation du sol au plafond, d’autant plus que c’est le début d’une nouvelle ère. L’émission cette année, je la vois comme un laboratoire pour tenter encore plus de dingueries. Elle est conçue pour la gamine de La Louvière que je suis toujours quand je regarde ce type de soirée dans mon canapé. »

Découvrez les résultats de notre questionnaire sur le cinéma belge francophone : les frères Dardenne et Poelvoorde restent les plus connus« Les René, c’est un carnaval chic »

Vous vous voyez comme une alchimiste, capable de changer une longue soirée de remerciements en un show attractif ?

« En tant que femme de radio, le rythme est essentiel à mes yeux. Pas question de dépasser les 2 h 30. Les René, c’est un carnaval chic. L’idée, c’est d’allier le populaire et le chic. Chic, parce que ça doit être un écrin pour le cinéma, pour mettre en valeur ceux qui y travaillent. Si George Clooney parvient à donner envie aux gens de boire du café en glamourisant une capsule, avec le cinéma, je pars de moins loin. Bon, je ne dis pas qu’en me déguisant en pizza, j’ai vraiment mis en valeur la haute couture belge l’an dernier, mais en tant que maîtresse de cérémonie, je suis aussi un peu ambassadrice du stylisme à la belge. Je suis là pour titiller le protocole, parfois le casser. Mon métier est un carnaval. Le carnaval, c’est une fête païenne, le seul moment de l’année où on s’autorise à inverser les dominations. On brocarde les puissants. C’est important de teinter ce genre de cérémonie de ce type de blague. Avant, je me moquais de ces soirées de remises de prix. Plus aujourd’hui, parce qu’il faut défendre la culture. Quelle place lui donnera-t-on dans l’Europe de demain si l’extrême droite accède au pouvoir ? On voit très bien qu’elle a zéro programme culturel et que la culture l’ennuie parce que la culture, c’est la contestation, l’ouverture d’esprit, l’ouverture vers l’autre. »

L’envie de jouer Brice de Nice à 75 ans, la marche à Bruxelles et… son amour pour le whisky de seigle : Jean Dujardin se confie sur ses passions insolitesLe 7 mars prochain à Flagey, Charline Vanhoenacker reprendra son rôle de maîtresse de cérémonie, non plus des Magritte, mais des René du cinéma.Le 7 mars prochain à Flagey, Charline Vanhoenacker reprendra son rôle de maîtresse de cérémonie, non plus des Magritte, mais des René du cinéma.Charline Vanhoenacker: « En tant que maîtresse de cérémonie, je suis aussi un peu ambassadrice du stylisme à la belge. » ©Laure Geerts / Académie André Delvaux

L’audience a été très faible l’an dernier. Comment y remédier ?

« En radio, on ne reçoit les audiences que tous les trois mois. Ce n’est pas mon obsession. Et je savais en venant que ce ne serait diffusé que sur Auvio, donc que ce serait un peu David contre Goliath. Cette année, il y a des séries en compétition et le public décerne trois prix : ce sont des évolutions majeures. Mon but, c’est d’offrir la meilleure émission possible et que le public sache qu’il va s’amuser. Avec des invités. Je lance un appel aux locomotives du cinéma belge : face aux menaces pour la culture, seul le collectif pourra nous sauver. On a besoin de nos bonnes fées, de nos leaders, de nos acteurs populaires dans un moment comme celui-ci. Après, je sais qu’il y a des plannings, des agendas de tournage et que ce n’est pas toujours possible de se libérer. »

Festival de Cannes 2025 – Un rôle en français pour Jodie Foster: « Maintenant, j’aime jouer les vieilles »« Le fait que Bolloré détienne cette chaîne me pose un problème éthique »

Quand vous voyez que Virginie Efira touche 60 000 euros pour présenter le festival de Cannes, vous n’avez pas l’impression de vous être fait avoir ?

(Éclat de rire) « Je suis une meuf de matinale en radio, je ne peux pas me comparer à Virginie Efira. Vous savez, il faut être belge pour me proposer ce rôle. À Canal +, je suis blacklistée. Le fait que Bolloré détienne cette chaîne me pose un problème éthique. Profondément. Et je trouve que c’est un problème éthique que Bolloré tienne par les couilles tout le cinéma français. Je suis belge avant tout et je viens mettre à l’honneur le cinéma belge, en présenter un panorama. En radio, je suscite les images par la voix, par les mots. Et là, je me suis surprise à avoir des idées visuelles. Ça m’a beaucoup plu. C’est le seul moment de l’année où j’ai l’occasion de faire ça, donc je concentre toutes mes idées visuelles sur cette cérémonie. C’est très amusant. »

On saura samedi soir si la mission est accomplie.

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