Selon la Banque d’État ukrainienne Oschadbank, ces personnes transportaient les espèces et l’or entre la banque autrichienne Raiffeisen et l’Oschadbank lors d’un « déplacement de routine », « de tels déplacements (étant) effectués chaque semaine par les véhicules de transport de fonds d’Oschadbank ». Le sort des devises et de l’or transportés est « actuellement inconnu », a précisé l’Oschadbank.
Budapest bloque le prêt européen
« Nous arrêterons de laisser transiter par la Hongrie des choses importantes, jusqu’à ce que nous recevions l’approbation de l’Ukraine pour les livraisons de pétrole », a justifié le Premier ministre Viktor Orban. Ce dernier et son homologue slovaque Robert Fico accusent de concert Kiev de ne pas réparer l’oléoduc Droujba, endommagés par des frappes russes, qui assure le transit via l’Ukraine du pétrole russe, dont les deux pays d’Europe centrale sont très dépendants.
« Enclavées » sur le plan de l’approvisionnement énergétique, la Hongrie et la Slovaquie bénéficient d’une exemption temporaire à l’embargo sur le pétrole russe décidé en mai 2022 par l’Union européenne, en réponse à la guerre d’agression déclenchée par la Russie contre l’Ukraine. Bénéficiant des hydrocarbures russes à bon marché, ces pays n’ont rien entrepris pour diversifier leur approvisionnement.
Pour faire pression sur l’Ukraine, la Hongrie a interrompu les livraisons d’essence et de diesel à sa voisine, alors que la Russie bombarde sans relâche pour affaiblir les capacités énergétiques de l’Ukraine. Surtout, Viktor Orban a indiqué qu’il mettrait son véto au prêt européen de 90 milliards d’euros destiné cette dernière, aussi longtemps que le Droujba ne serait pas opérationnel. « S’ils font chanter les Hongrois, ils ne doivent pas s’attendre à ce que nous supportions des décisions financières de soutien à l’Ukraine », a justifié l’homme fort de Budapest.
Pour rappel, lors du sommet européen de décembre, la Hongrie a obtenu, comme la République tchèque et la Slovaquie – de ne pas contribuer au prêt européen. Mais pour que celui-ci puisse être concrétisé, il faut amender le budget européen, ce qui ne peut se faire qu’à l’unanimité des États membres. Pour les mêmes raisons, la Hongrie s’est opposée à l’adoption du 20e paquet de sanctions de l’UE contre Moscou.
Deux tiers du prêt européen de 90 milliards d’euros à Kiev seront réservés à l’assistance militaire
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a laissé entendre que l’oléoduc pourrait être opérationnel dans « un mois, un mois et demi », si l’UE le lui demandait et lui garantissait que le prêt de 90 milliards serait accordé à son pays. M. Zelensky a cependant précisé qu’il préférerait ne pas le réparer. « Je l’ai dit à la direction de l’Union européenne. Parce que c’est du pétrole russe. Il y a certains principes qui n’ont pas de prix. Ils sont en train de nous tuer, et nous, nous serions censés fournir du pétrole à Orban parce que le pauvre Orban ne peut pas gagner les élections sans ce pétrole », s’est justifié M. Zelensky.
En campagne pour obtenir un quatrième mandat consécutif lors des élections législatives du 12 avril prochain, le Fidesz du Premier ministe hongrois est en effet actuellement distancé dans les sondages par le parti Tisza de l’opposant Peter Magyar. L’un des principaux arguments électoraux de Virktor Orban consiste à refuser de soutenir l’Ukraine au prétexte (fallacieux) que Kiev et l’UE tenteraient d’entraîner son pays dans la guerre.
Des menaces qui passent mal
Excédé par l’attitude de Viktor Orban, qui est resté proche de Vladimir Poutine, le chef de l’État ukrainien lui a adressé une menace imprécise. « Nous espérons qu’une seule personne dans l’Union européenne ne bloquera pas ces 90 milliards d’euros, ou au moins la première tranche, afin que nos défenseurs disposent d’armes », a insisté M. Zelensky, alors que Kiev risque de tomber à court d’argent ce mois-ci, si le pays ne reçoit pas l’argent promis par l’Union. « Sinon, nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars, pour qu’ils puissent l’appeler et lui parler dans leur propre langue. »
Viktor Orban et son entourage n’a pas manqué de récupérer les propos de Volodymyr Zelensky en laissant entendre que ce dernier menaçait sa vie. Les déclarations du président ukrainien ont également été condamnées par l’opposition ukrainienne, ainsi que par la Commission européenne. « Ce type de langage n’est pas acceptable. Il ne peut y avoir de menace à l’encontre des États membres de l’UE », a grondé Olof Gill, l’un des porte-parole de la Commission, vendredi, lors du point presse quotidien de l’institution. « Nous sommes en contact avec toutes les parties afin de modérer le discours et d’atteindre notre objectif », à savoir l’arrêt de l’agression russe, a ajouté M. Gill.