Si les drogues psychédéliques sont bien souvent associées à un usage récréatif dans l’imaginaire collectif, elles sont aussi extrêmement utiles pour traiter des problèmes médicaux, et c’est pourquoi elles sont encore aujourd’hui étudiées en détail par les scientifiques.
C’est ainsi qu’une équipe de chercheurs de l’université d’Oxford a mis au point un nouveau type de drogue baptisée 5-MeO-DMT, qui fait l’objet d’une étude parue en début d’année dans la revue Communications Biology.
De quoi s’agit-il exactement ? 5-MeO-DMT est une substance qui a des effets psychédéliques. À l’instar d’autres drogues comme le LSD ou divers champignons hallucinogènes, elle provoque une perception altérée de la réalité, semblable à l’état dans lequel on peut se trouver durant un rêve.

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Ce type d’effets présente un certain intérêt pour les adeptes de ces pratiques, mais ici, les scientifiques se sont intéressés à la manière dont ils pourraient être exploités dans le cadre de traitements liés à l’anxiété ou à la dépression.
Des souris réveillées et endormies à la fois
L’idée de départ était de savoir comment ces substances agissaient sur le cycle de sommeil des consommateurs, sachant que la dépression est bien souvent associée à des problèmes de ce type.
Si les médicaments psychédéliques peuvent avoir un effet positif sur la santé des patients, en raison de leurs vertus relaxantes, ils peuvent aussi perturber le sommeil, ce qui crée alors d’autres problèmes.

L’activité cérébrale durant la prise de la drogue 5-MeO-DMT. © Communications Biology
Ici, des expériences ont été menées sur des souris. Elles étaient 42 à recevoir un implant dans le cerveau pour mesurer leur activité cérébrale pendant leur sommeil. Tout était mesuré, de leur rythme cardiaque à leur encéphalogramme, en passant par la dilatation de leurs pupilles. Et surtout, juste avant de dormir, on leur donnait un peu de 5-MeO-DMT.

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Après cette injection, le cerveau des souris se mettait à émettre des ondes lentes, typiques de ce qui se déroule durant un sommeil profond et réparateur. Durant cette phase, les yeux ne bougent que très peu, voire pas du tout, et le corps est au repos. Au point que ce sommeil profond est parfois accompagné d’une extinction totale de l’activité de certaines cellules du cerveau. Mais ici, avec le 5-MeO-DMT, ces extinctions se déroulaient même lorsque les souris étaient éveillées.
Une phase hybride cruciale pour de futures études
En résumé, la drogue avait déclenché un mécanisme du sommeil, y compris chez un individu éveillé. Les souris continuaient d’être actives, de se déplacer et d’être conscientes de leur environnement, mais leur cerveau envoyait des ondes similaires à celles du sommeil.
Durant cette phase, elles continuaient à agir d’une manière totalement normale, allant jusqu’à courir sur les roues destinées à l’exercice. Encore plus surprenant, le cerveau n’envoyait pas d’autres ondes observées habituellement durant une activité physique, comme s’il y avait une dissociation totale entre le corps et le cerveau.

Les souris testées étaient dans un état paradoxal, dans un sommeil qui n’en était pas un. © filin174, Adobe Stock
Même leurs pupilles étaient dilatées comme celle d’un animal réveillé, montrant là aussi l’inadéquation entre les ondes cérébrales et l’ensemble du comportement et des réflexes morphologiques.
D’après les auteurs, cette drogue crée une déconnexion entre le cerveau et l’environnement externe, apportant un état hybride entre le sommeil et la phase active. Elle pourrait être utilisée pour « forcer » le cerveau à assouvir son besoin de sommeil lorsque le corps est incapable de dormir convenablement, ce qui pourrait être une piste en vue de la réduction des troubles du sommeil liés à la dépression.