Toujours très complice avec son public, qu’il aime autant qu’il l’aime en retour, il se donne à fond à chaque instant. « Ce spectacle est vraiment particulier. C’est un show assez fou. Il y a mes chansons, quelques reprises et tellement de choses qui surprennent, qui émeuvent, qui font rire et qui émerveillent. Le spectacle dépasse la musique », déclare Julien Doré.
« Il y a plein de moments clés dans ce spectacle mais, ceux que j’aime le plus, c’est quand j’entends le public faire « waouh ! ». Ça arrive cinq à six fois dans le spectacle. Quand les baleines pénètrent dans la salle en volant, quand soudainement une fumée se dissipe et qu’une forêt tropicale a envahi le plateau ou quand des flammes de deux mètres de haut surgissent alors qu’on est dans un décor aquatique. Souvent, le soir, on en reparle avec l’équipe dans le bus. C’est génial de se dire qu’on a dessiné tout ça il y a trois ans et qu’aujourd’hui, ça émerveille autant de générations différentes. Ça me touche beaucoup. »


Vos concerts sont intenses, vous y apportez énormément d’énergie. Comment vous préparez-vous physiquement et moralement à tenir ce rythme ?
« Il y a pas mal de prudence dans l’organisation de mes journées, notamment de mes journées off. On joue généralement trois ou quatre concerts par semaine puis, on a trois jours de repos. C’est un mélange d’alimentation la plus saine possible, de sommeil et de sport. Ensuite, il y a l’adrénaline et le travail qui a déjà été fait sur ce spectacle. »
En ce qui concerne le sport, vous partagez vos bons conseils en vidéo sur les réseaux sociaux…
(rires) « Dans une certaine caricature du chanteur qui donne un peu des leçons sur le sport avec beaucoup de maladresse. Ça m’amusait de faire ça pendant ma séance de sport dans les loges de Forest National. Parfois, sur les réseaux sociaux, je tombe sur des vidéos qui frôlent les conseils sportifs, la médecine et la psychologie. Ça fait un peu peur. Si on fait trop confiance à tout ce qui passe, ça pourrait nous poser quelques soucis. »
Est-ce que votre rapport à la scène a changé depuis vos débuts ?
« J’ai toujours le même enthousiasme et la même excitation à monter sur scène. Par contre, je disperse moins mon énergie qu’avant. Aujourd’hui, chanter mes chansons est la partie la plus évidente physiquement. La mise en scène du spectacle me demande tout autre chose à faire et à retenir. Je fais très attention à la façon dont je distille mon énergie pour ne pas sombrer, être trop essoufflé, et moins être capable de faire telle ou telle chose. À l’époque, quand je faisais de plus petites scènes, j’avais l’impression que tout reposait sur l’énergie que j’envoyais tout de suite. Mais, c’est une bêtise. Il faut savoir faire confiance aux gens qui sont venus vous voir et ne pas tenter de conquérir leur amour dans la rage mais plutôt en étant soi et en sachant calmement faire ce qu’on a à faire dans le temps imparti. Je sais un peu mieux doser aujourd’hui. »


Lors d’un concert à Forest National, une demande en mariage a eu lieu. Comment vivez-vous ces instants très intimes qui se déroulent au milieu de vos shows ?
« C’est incroyable ! En plus, c’était la dernière chanson du spectacle. On venait de faire la chenille tous ensemble sur Les crocodiles. Je suis dans la pénombre. Je ne vois pas du tout le public à ce moment-là. J’entends un brouhaha qui me fait peur au début. Je ralentis mon ukulélé, je regarde mes musiciens. Au premier rang, je vois des gens à la barrière qui me font un signe me montrant une bague passée au doigt. J’ai compris que c’était une demande en mariage. Ça me rassure. Je demande à éclairer la salle. Ce qui est fou c’est que ces deux personnes n’avaient pas pour but de m’interpeller, mais de vivre entre eux ce moment-là. On a tout arrêté et mon régisseur a couru pour leur amener un micro. Les caméras se sont également tournées vers eux. C’était fou. »
Julien Doré charmera le public du LaSemo cet été 2026
Vous êtes très proche de votre communauté sur les réseaux sociaux. Est-ce une stratégie réfléchie ou quelque chose de très instinctif ? Voyez-vous les réseaux sociaux comme une pression ou un espace de liberté ?
« Pas du tout comme une pression. Bien au contraire. Plus le temps passe, plus je trouve que c’est le lien le plus direct, le plus simple, pour dire ce que je vais faire, pour annoncer telle ou telle chose artistique ou personnelle. Tout cela avec le ton qui est le mien. Les réseaux sociaux me permettent aussi de résoudre régulièrement quelques petits soucis comme répondre à un enfant qui n’a pas pu me voir après un concert, par exemple. »
Depuis que vous êtes devenu papa, qu’est-ce qui a le plus changé chez vous, humainement et artistiquement ?
« C’est un bouleversement de voir soudainement arriver un être qui n’a pas choisi d’être là et pour qui il va falloir rendre le monde le plus doux possible autant de temps que possible. Et, on doit faire du mieux qu’on peut avec cet être-là. Quand on fait un métier comme le mien avec l’ego, l’image et la conscience de soi qui peuvent être un peu plus développés, ça apaise beaucoup de choses. Quand mon fils est arrivé, mon rapport à moi-même a radicalement changé. Plus rien de mon métier ne pouvait avoir autant d’importance. C’est comme si ça avait tout ramené à une autre échelle. »


Aujourd’hui le succès a la même saveur qu’avant pour vous ?
« Aujourd’hui, j’en rigole presque d’avoir parfois été autant déçu par telle ou telle chose professionnellement. Je me dis : « Quel idiot ! Tu as la chance de faire ce que tu aimes mais le petit garçon qui est là n’aura aucun souvenir des petites choses misérables qui te sont arrivées et que tu voyais comme gigantesques. Ça ouvre le champ des choses et la conscience du monde dans lequel on vit. À la base très pessimiste et inquiet, l’arrivée de mon petit garçon a ouvert un champ d’optimisme chez moi. Il n’est pas possible pour moi d’imaginer ce monde au bord du gouffre capable de tomber. Ce serait trop facile, même d’un point de vue générationnel. J’ai 43 ans et je ne souhaite pas que ma génération soit le symbole d’un échec pour sa génération à lui. Donc, oui, cette paternité a réveillé un tas de choses chez moi. »
Julien Doré a illuminé Forest National avec une prestation féérique malgré une laryngite
Envisagez-vous de mettre votre carrière entre parenthèses pour profiter davantage de cette paternité ?
« Oui, dans les années à venir. J’ai encore envie d’écrire des chansons, de raconter des choses et de les porter moi-même. Mais, dans quelques années, je vais plutôt me tourner vers la transmission. Je crois vraiment que ma petite expérience peut me permettre d’accompagner, de produire, de guider et d’aider des jeunes artistes à développer leur univers, à travers ma vision des clips, du marketing et des arrangements musicaux. Aujourd’hui, l’autoproduction est en train de prendre la quasi-totalité de la façon de faire de la musique. Les contrats d’artistes n’existent quasiment plus. Ces structures auront donc besoin de gens qui apportent leur expérience. »
Souhaitez-vous transmettre plutôt dans l’ombre ou via une émission comme The Voice, par exemple ?
« Non, en restant dans l’ombre. J’écrirai et composerai mais pour d’autres artistes. Et, ce ne sera pas via un télécrochet. J’ai déjà été juré de The Voice Kids, il y a quelques années. C’était très joyeux. J’étais trop content de voir tous ces petits rêver et de pouvoir les accompagner. L’album que je portais à ce moment-là, Aimée, parlait d’ailleurs de la transmission. Par contre, je suis convaincu que c’est un accompagnement de télévision, ce n’est pas quelque chose qui est réel, palpable. C’est un accompagnement fragmenté. Moi, ce que je veux faire, c’est accompagner au quotidien, en tant que producteur. C’est différent. »


Un nouvel album est-il dans les tuyaux ?
« Pour l’instant, on termine la tournée. Après l’Accor Arena de Paris le 18 avril, on part au Canada et aux États-Unis. Ensuite, on fait les festivals d’été. Et, de façon cyclique, vers mi-septembre, je vais me retrouver avec quelque chose qui retombe, qui s’apaise, qui aura été accompli, vécu. Il faudra que je retrouve mes racines, mes Cévennes, ma famille. Puis, on verra ce qui arrivera. Des nouvelles chansons, un nouvel album. J’espère avoir de belles choses à partager mais je ne vais pas me presser. Pendant deux ou trois ans, je vais disparaître des médias et m’isoler socialement. Ce sera surtout un moment pour retrouver pied et savoir ce que je serai capable de créer à nouveau. »
Julien Doré en concert le 11 avril 2026 à l’ING Arena. Infos et réservations sur www.ing.arena.brussels.