Évidemment elle a, le jour même, repoussé in extremis l’heure du rendez-vous ; évidemment elle est arrivée (un peu) en retard et dûment cachée derrière de grosses lunettes de soleil. Jusque-là, tout était conforme à son image de diva perchée au sommet d’une montagne de complications. Mais ça s’est arrêté là, net. Car pour le reste, tout le reste, ce fut exactement l’inverse : les prétendues évidences chichiteuses qui lui font cortège ont été balayées par la vérité, la générosité et l’intelligence d’Isabelle Adjani.
D’abord parce que, sitôt assise, elle tombe les lunettes noires. Oh, certes, elle farfouille ensuite dans son grand sac (Dior, elle est ambassadrice de la marque) pour en sortir de non moins grosses lunettes aux verres clairs, celles-là, tout de suite chaussées sur son nez mais presque aussi vite enlevées. Exit, donc, les filtres et les écrans de fumée. On a passé trois heures yeux dans les yeux avec elle. Sans même une mèche de cheveux pour troubler ce tête-à-tête.
De bout en bout elle gardera, enfoncé jusqu’aux sourcils, un bonnet en cachemire beige qui lui donne l’air d’un lutin des neiges. Avec les ongles rouges et un grand pull rose à l’effigie de Marilyn Monroe pour compléter cette panoplie baroque. Sans parler du sautoir en perles de verre de Murano dont elle a fait deux tours autour de son cou et avec lequel elle joue, tling tling, un bruit d’enfance et de naïveté qui toujours la surveille. « Mon côté gourde », elle dit. Et ça cliquette de plus belle.