Il y a un peu plus de deux ans, la vie d’Annemie a basculé. Cette sexagénaire a été victime d’une vaste arnaque sur internet et a perdu… 435.000 euros. Au lieu de profiter tranquillement de sa pension, elle doit désormais continuer à travailler pour rembourser ses dettes. Et dans quelques années, elle devra même vendre son appartement.
Tout a commencé en août 2023, lorsqu’Annemie tombe sur une publicité attirante sur Facebook. Dans celle-ci, deux personnalités flamandes, Gert Verhulst et Karl Van Nieuwkerke, expliquent prétendument comment ils sont devenus riches grâce à un investissement.
« Par curiosité, j’ai cliqué… »
« Il y avait un lien sous la publication. Par curiosité, j’ai cliqué pour voir comment ils avaient fait », raconte la pensionnée au Nieuwsblad. Le site parlait d’investissements en cryptomonnaies. « J’ai vite refermé parce que je trouvais cela trop compliqué pour moi ».
Mais peu de temps après, elle reçoit un appel téléphonique. Un homme lui propose de l’aider à investir. « Il paraissait très professionnel et m’a assuré qu’il allait m’accompagner. Il me disait que les bénéfices étaient importants. »
Peu à peu, Annemie verse de plus en plus d’argent. Convaincue qu’elle réalise de bons placements, elle emprunte même de l’argent à ses enfants et contracte un prêt. « Il me demandait régulièrement d’ajouter des fonds. Je les déposais sur un compte et il les retirait ensuite. »
« Maman, ce sont des escrocs »
La réalité va toutefois éclater fin 2023. La pensionnée commence à douter et en parle à sa fille. « Elle m’a dit immédiatement : « Maman, ce sont des escrocs. » Au début, je ne voulais pas y croire. »
Lorsqu’Annemie demande à récupérer son argent et ses bénéfices, plus personne ne répond. « J’ai envoyé des mails, téléphoné… rien. J’avais tout perdu. »
La situation est encore pire qu’elle ne l’imaginait : les fraudeurs ont aussi vidé un compte appartenant à sa mère âgée, sur lequel Annemie disposait d’une procuration.
Les conséquences sont lourdes. La sexagénaire venait d’acheter un appartement à taux réduit de TVA. « Je dois y vivre cinq ans, mais ensuite je devrais le vendre pour rembourser mes dettes », explique-t-elle.
« Comme une reine à la retraite »
Aujourd’hui, au lieu de profiter de sa retraite, elle travaille toujours comme accompagnatrice de bus scolaire. « Je pars chaque matin à 6h40 et je rentre vers 17h30. »
Placée sous administration, elle doit vivre avec un budget très limité. « Mon administrateur me donne 120 euros par semaine. Je dois tout faire avec ça. »
Au début, ses enfants, à qui elle avait aussi emprunté de l’argent, ont été choqués. « Maintenant ils comprennent mieux », confie Annemie, qui se sent malgré tout coupable. « Mon fils m’a dit récemment que j’aurais pu vivre comme une reine à la retraite. »
« Difficile de distinguer le vrai du faux »
Son fils souligne que les personnes âgées sont particulièrement vulnérables face à ce type d’arnaque. « Ma mère n’a pas grandi avec la technologie actuelle. Même moi, je reçois presque tous les jours des tentatives de phishing. Pour une génération plus âgée, il est parfois impossible de distinguer le vrai du faux. »
La famille pointe aussi la responsabilité de la banque. Selon eux, celle-ci aurait dû intervenir bien plus tôt, alors que des centaines de milliers d’euros partaient vers des comptes suspects en Lituanie.
« Ma mère rembourse aujourd’hui près de 800 euros par mois pour un prêt de 70.000 euros qui n’aurait jamais dû lui être accordé », déplore son fils.
Annemie, elle, espère surtout éviter que d’autres vivent la même chose. « Faites très attention. Ces offres paraissent tellement séduisantes… mais elles peuvent détruire une vie. »