Alexia Bertrand : « En Belgique, malgré une Porsche et trois baraques au Maroc ou à Knokke, vous pouvez avoir droit au statut Bim »

Parmi ces contretemps, la réforme de la TVA est un véritable échec. Le Conseil d’État l’a retoquée et l’Arizona devra tout reprendre depuis le début, laissant en suspens une réforme qui devait rapporter près de 500 millions d’euros.

Depuis deux ou trois mois, on vivait la chronique d’un échec annoncé. Même Bart De Wever a reconnu que cette réforme ressemblait à un « chameau moche qui pue », selon son expression. Le Premier ministre est devenu le Rodrigo Beenkens de la politique : il est le commentateur, depuis la tribune, du spectacle de sa propre coalition. C’est à croire qu’il n’était pas à la table des négociations. Quant à Georges-Louis Bouchez, il annonce régulièrement que le MR ne laissera plus passer de nouvelles taxes mais, à chaque négociation, il y en a de nouvelles qui apparaissent quand même. Là, oui, le gouvernement avance ! Il y a la non-déduction des intérêts pour ceux qui ont acheté un petit appartement pour leur retraite, les pensions alimentaires plus chères en cas de divorce, la non-déductibilité des dons, l’augmentation de la taxe sur les assurances… À part la réforme du chômage, ce gouvernement ne fait que taxer.

Le prix de l’indécence politique

Il faut bien renflouer les caisses de l’État, non ?

Le déficit belge sera de 5,7 % en fin de législature. Comment est-ce possible ? Il ne suffit pas d’annoncer trois ou quatre fois les mêmes grandes réformes pour que ça rapporte, il faut aussi les voter et les mettre en œuvre. Tout le monde croit que la réforme des pensions, la réforme des malades longue durée, la réforme du marché du travail et la réforme fiscale sont appliquées. Mais non ! Aucun de ces dossiers n’est entré en vigueur.

Le gouvernement n’en est qu’à sa première année de travail.

Oui, mais il ne reste plus beaucoup de temps. Bart De Wever nous dit déjà que le budget 2027 sera son dernier réel exercice budgétaire car il se rend compte qu’à partir de 2028, la pression électorale risque de compromettre la capacité de compromis au sein de sa majorité. En attendant, les contraintes s’aggravent : les crédits devant aider les industries à affronter le coût de l’énergie (la « norme énergétique », NdlR) ne sont toujours pas opérationnels et la situation au Moyen-Orient va tout aggraver. Un cataclysme arrive, je suis super-inquiète. Bref, ce gouvernement se caractérise par sa procrastination et la complexité initiale de ses réformes qui sont ensuite vidées de leur substance.

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Par contre, Bart De Wever s’est imposé rapidement comme un leader européen, notamment dans le dossier des avoirs russes gelés.

C’est fascinant : le Premier ministre aligne 26 Etats-membres au sein de l’Union européenne mais n’arrive à mettre d’accord les partis de son gouvernement. Je ne m’explique pas cet échec. Je crains de voir resurgir aux élections de 2029 le vieux narratif nationaliste flamand. Bart De Wever dira : « Regardez, ce pays ne fonctionne pas, même moi je n’y arrive pas »… N’oublions pas que sa promesse de campagne en 2024 était le retour à l’orthodoxie budgétaire. L’année passée, l’Arizona n’a fait aucun effort budgétaire. Quand on loupe une année, tout se dégrade en matière de finances publiques. C’est comme un athlète qui ne s’entraîne pas : il a perdu de la musculature lorsqu’il s’y remet.

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Les déboires de cette coalition doivent avoir une saveur de revanche pour vous. Lorsque les libéraux flamands étaient au pouvoir dans la Vivaldi, la N-VA, depuis l’opposition, ne vous a pas épargnés… En particulier sur votre bilan budgétaire.

Je suis sidérée. Je ne m’attendais pas à cela. Je m’attendais à une gestion beaucoup plus rigoureuse de la N-VA. Or, on est actuellement en douzièmes provisoires, un an après la mise en place de la majorité. La morale de cette histoire, c’est que l’exercice des responsabilités est toujours plus compliqué que de crier depuis le banc de touche. Ce gouvernement plie systématiquement devant les revendications de Vooruit : les socialistes ajoutent exception sur exception dans chaque réforme et finissent par les démanteler. Si Anders avait fait partie de cette majorité, ça ne se serait pas passé comme cela, je peux vous l’assurer.