Née en 1928 à Philadelphie, Vera Rubin est initiée très tôt par son père à l’observation du ciel nocturne. Adolescente, elle passe des nuits entières à suivre les mouvements des étoiles grâce à un télescope artisanal qu’elle a elle-même fabriqué. C’est à cette époque que naît sa vocation.

En 1948, elle obtient un Bachelor of Arts en astronomie au Vassar College, l’un des rares établissements américains qui acceptait des étudiantes en sciences à cette époque. Elle part ensuite étudier en master à Cornell.

Des déviations dans le « flux de Hubble »

Dans cette prestigieuse université, qui sera fréquentée plus tard par Carl Sagan et Hubert Reeves, elle observe, dès 1951, des déviations dans le « flux de Hubble » qui suggèrent le fait que certaines galaxies ne suivent pas parfaitement l’expansion uniforme de l’Univers.

La carte la plus précise du rayonnement du fond diffus cosmologique tracée par le satellite Planck de l'ESA. © ESA, Collaboration Planck, D. Ducros

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Elle entame ensuite un doctorat à l’université de Georgetown, sous la direction de George Gamow, un des théoriciens du Big Bang. En 1954, elle soutient, dans sa thèse, que les galaxies ne sont pas réparties au hasard, mais qu’elles se regroupent en amas et superamas, une idée encore marginale à l’époque. Pendant presque une décennie, elle enseigne à Georgetown, tout en élevant les quatre enfants qu’elle a eus avec son mari Robert Joshua Rubin, lui aussi scientifique.

La matière noire pourrait composer la majeure partie de l’Univers. © ArteLa découverte de la matière noire

En 1965, elle est la première femme à travailler à l’observatoire du Mont Palomar avec l’astronome Kent Ford de l’Institut Carnegie. Quelques années plus tard, c’est en mesurant les vitesses d’éloignement d’un grand échantillon de galaxies spirales très lumineuses dans différentes directions du ciel qu’ils se rendent compte que les étoiles loin du centre d’une galaxie tournent presque aussi vite, voire même plus vite, que celles proches du centre.

Des chercheurs de l’université de Durham (Royaume-Uni) et de l’université d’Helsinki (Finlande) expliquent comment les galaxies spirales du plan supergalactique se sont transformées en galaxies elliptiques. © Alex Mit, Adobe Stock

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Ce phénomène, qui sera appelé « l’effet Rubin-Ford », met en évidence des anomalies dans les courbes de rotation des galaxies, suggérant l’existence d’une certaine quantité de matière non lumineuse, que l’on nomme matière noire depuis les années 2000.

Vera Rubin ne s’arrêtera pas là. Dans les années 1990, elle identifie une galaxie où la moitié des étoiles du disque tourne dans un sens et l’autre moitié dans le sens inverse. Durant sa carrière, elle aura aussi contribué à confirmer l’existence du « plan supergalactique », une structure plane dans la distribution locale des galaxies.

En 1993, elle est élue à l’Académie nationale des sciences. La même année, elle reçoit la Médaille nationale des sciences, puis en 1996, la Médaille d’or de la Royal Astronomical Society, une première pour une femme depuis Carolyn Herschel en 1828. En tout, Vera Rubin aura obtenu plus d’une douzaine de distinctions internationales pour ses travaux, sans jamais cependant être nommée pour le Nobel, prix auquel elle aurait pu prétendre.

Elle est morte le 25 décembre 2016, à l’âge de 88 ans, à Princeton, en laissant derrière elle un héritage fondamental à la compréhension de la structure invisible de l’Univers.