Ces stéréotypes largement répétés sont d’autant plus préoccupants pour les jeunes lorsque vient le moment pour eux d’entrer sur le marché du travail. Cette étape, déjà stressante en elle-même, se révèle encore plus angoissante lorsque les représentants de la Gen Z se sentent obligés d’en faire davantage pour effacer les préjugés à leur égard. Et pour beaucoup d’entre eux, la désillusion est rapide lorsque leurs ambitions et points de vue se confrontent à ceux de leurs collègues plus âgés. Pourtant, une cohabitation saine et positive des différentes générations au sein d’un environnement de travail est indispensable. Et il existe différentes astuces pour parvenir à la mettre en place.

Les jeunes sont-ils suffisamment préparés à entrer dans le milieu professionnel ?

Les membres de la Gen Z qui intègrent aujourd’hui le monde du travail ont vécu une partie de leur scolarité ou de leurs études supérieures en pleine crise sanitaire. Pour Léa (prénom d’emprunt), assistante sociale dans une institution hospitalière, cette particularité n’a rien d’anodin, et a même influencé la suite de son parcours. « La période covid a bouleversé mes stages, et donc je ne me sentais pas tout a fait prête à travailler », regrette la jeune femme, âgée de 25 ans. « On arrive sans être prêts, même au niveau des ressources humaines, on n’est pas capables de comprendre notre fiche de paie, l’importance de se syndiquer, etc. On manque d’automatismes. Or, il y a des choses qui, selon moi, devraient nous être apprises dès l’enseignement secondaire. »

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Ces considérations pratiques s’ajoutent à une difficulté d’intégration ressentie par de nombreux jeunes. « C’est parfois difficile d’avoir des discussions avec les collègues plus âgés. Ils ne nous écoutent pas car ils ont toujours fait d’une certaine manière et ont peur du changement. Moi, je voudrais qu’ils remettent certains aspects en question », déplore Léa. La jeune femme va jusqu’à comparer le monde du travail à « un monde de requins », tant elle a éprouvé des situations difficiles depuis son arrivée dans le milieu il y a trois ans.

Quelles sont les différences entre les travailleurs de la Gen Z et leurs collègues plus âgés ?

On dit souvent des jeunes d’aujourd’hui qu’ils ont toujours quelque chose à dire, peu importe le contexte. Et c’est cette envie de bouleversement permanent qui a le don d’irriter leurs aînés. « Ils n’ont pas la même vision que nous », assure Léa. Un exemple ? La distinction entre vie personnelle et professionnelle, beaucoup plus marquée chez les jeunes. « Je travaille avec des personnes qui, au final, sont devenues amies. Elles se voient en dehors du travail. Moi je veux séparer les deux », continue-t-elle.

Et paradoxalement, cette envie de distinguer pro et perso trouve une limite lorsque la Gen Z peine à décrocher du travail, même une fois le bureau ou l’entreprise quitté. Ce phénomène a été observé par Jens Spittael-Speeckaert, directeur de l’agence Robert Walters, spécialisée dans le recrutement. « Les jeunes veulent se montrer disponibles au maximum, et donc parfois nous devons leur dire comment gérer leurs moyens de communication. Ils ont du mal à éteindre leurs outils de travail et donc donnent l’impression d’être tout le temps disponibles », déclare-t-il. « Je ne me sens pas toujours reconnue à la hauteur de ce que je fais. Comme je n’ai pas l’impression d’être suffisante, j’ai tendance à en faire plus pour me sentir légitime », confie Léa. Un mode de fonctionnement qui n’est évidemment pas idéal sur le long terme.

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Autre différence cruciale entre les nouveaux et les anciens travailleurs : les premiers n’ont pas peur d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs, contrairement à leurs aînés. « Dans l’institution dans laquelle je travaille, mes collègues ont fait toute leur carrière au même endroit, et pour moi ce n’est pas bon, surtout dans le social où l’on nous dit qu’il est important de se renouveler », remarque Léa. « La Gen Z bouge beaucoup plus vite, et elle ose changer lorsqu’elle s’ennuie ou ne s’y retrouve plus », abonde Jens Spittael-Speeckaert. Selon lui, il est important que les entreprises intègrent ce principe universel, pour pouvoir s’y adapter.

Parmi les sujets également évoqués par Léa, la question de la santé mentale. Pour elle, il est crucial que le bien-être des employés soit davantage considéré. « C’est quelque chose dont on parle beaucoup plus, nous les jeunes. » Pour le spécialiste du recrutement, cette notion a déjà été intégrée dans de nombreuses entreprises, même si des efforts restent à faire à certains endroits. « Beaucoup d’entreprises font déjà attention à ça. Pendant les entretiens, la Gen Z pose souvent la question de la gestion de la santé mentale par la société, mais la génération précédente (les millenials, NdlR) le faisait aussi. »

Qu’attend la Gen Z du monde du travail ?

Si la Gen Z représente un tel bouleversement sur le marché du travail, c’est parce que ses membres ont de grandes attentes, qu’ils projettent forcément sur leur premier emploi. « Pour moi, le manager idéal est à l’écoute de ses employés, est capable de donner du feedback tant positif que négatif. Il met des plans d’action en place pour nous faire évoluer, et prend du temps en informel avec ses équipes. C’est une personne ressource capable de nous écouter sans jugement », avance Léa.

« La Gen Z veut faire bouger les choses et savoir très vite si ce qu’elle fait est bien ou pas. Là où les précédentes générations se contentaient d’un feedback mensuel, trimestriel ou même annuel pour les baby boomers, la Gen Z veut un feedback hebdomadaire au moins, sur son travail quotidien », explique Jens Spittael-Speeckaert. « Ils sont habitués à ça grâce aux nouvelles technologies avec lesquelles ils vivent. »

La conscience des jeunes à l’égard de l’endroit où ils travaillent est également bien plus développée, selon le directeur de l’agence Robert Walters. « Ils accordent de l’importance à l’impact de leur entreprise sur le monde, d’un point de vue écologique et sociologique. Ils y sont plus sensibles », assure-t-il. Par ailleurs, la clarté de la communication est un enjeu majeur entre la Gen Z et ses prédécesseurs. « Parfois, ils ont des attentes élevées au niveau de la rémunération et de l’évolution dans la société. C’est important pour eux que ce soit clair, au risque qu’ils se sentent dépassés ou déçus. »

Pour Jens Spittael-Speeckaert, la cohabitation entre les différentes générations est tout à fait possible. « L’important est d’être bien au courant des différences entre les générations. Si on y fait attention, on peut essayer de travailler ensemble le mieux possible, j’en suis sûr. Quand il y a un problème, c’est souvent à cause de la communication. » Le spécialiste conseille par ailleurs aux jeunes de ne pas avoir peur de poser des questions, à leurs supérieurs ou à leurs collègues. « Parfois, ils n’osent pas demander un feedback mais c’est important de savoir ce que les autres ont constaté, pour essayer de faire du mieux possible. Cela montre aussi qu’ils ont envie d’apprendre. »

Les membres de la Gen Z représentent un atout précieux sur le monde du travail, notamment grâce à leur connaissance des nouvelles technologies. Si leur intégration est parfois difficile dans les structures professionnelles, il est toutefois important de prendre en compte leurs spécificités pour la faciliter. Comme souvent, tout est question d’adaptation et de communication, de la part de la Gen Z comme de ses aînés.