Rosalía a eu une révélation à 13 ans en entendant pour la première fois le légendaire Camarón. Alors qu’elle se promène dans le parc Canals i Nubiola, dans son village natal de Sant Esteve Sesrovires, elle tombe sur deux voitures tunées, coffres ouverts et grosses enceintes posées dans l’herbe. « Une voix résonnait, et c’était la chose la plus pure que j’avais jamais entendue. Un son viscéral, presque animal », comme elle l’a raconté à Vogue. C’est à cet instant précis que le flamenco est entré dans la vie de la Catalane pour ne plus jamais la quitter. Il va lui permettre de faire ses premiers pas dans la musique et d’accéder à la célébrité, mais aussi, et peut-être surtout, à dessiner les contours de sa personnalité.
Dans sa présence, dans ce que dégage Rosalía, on retrouve une électricité qui rappelle les divas du cante, les folklóricas de toujours, de Lola Flores à Rocío Jurado. Elle se déplace, chante et parle avec la même aisance et le même aplomb qu’elles. Elle ose même l’histrionisme, cette manière d’être outrée et théâtrale, comme moyen d’expression. Le résultat, pourtant, tient davantage de la spiritualité que de l’esbroufe. Elle possède, qui plus est, un talent rare : celui de laisser des phrases pour la postérité. Dans un article consacré aux folklóricas, Carmen Pacheco écrivait qu’elles sont « ce qui se rapproche le plus de personnages de fiction vivant parmi des êtres de chair et d’os ». On pourrait en dire autant de Rosalía. Et tout ça, sans avoir besoin d’une peineta.
Sur la mise en scène
La Motomami a fait ses premiers pas sur scène dans des tablaos et des salles de flamenco, elle s’est imprégnée de l’esprit des grandes folklóricas. Sans aller jusqu’à adopter les châles de Manille ou les robes de faralaes, elle a tout de même intégré des éléments de cet imaginaire à son vestiaire : les créoles, les éventails, les chemisiers à pois ou les pantalons à volants. Elle a aussi emprunté des traits à la culture castiza. Parmi les plus marquants : ses références constantes au peintre Francisco de Goya, comme la robe blanche de son fameux Portrait de la Duchesse d’Alba en blanc empruntée dans le clip de « A Palé », ou celle de La Maja vêtue dans « Di mi nombre ».
Ce cadre posé, Rosalía s’est ensuite concentrée sur le détail, afin de parachever son personnage. La Faraona avait rendu célèbres ses petites mèches, María Pavón, la Niña de los Peines, ses sourcils, Rosalía, elle, a choisi de déchirer la toile du mainstream avec ses ongles en gel. « Antón m’a dit que je ressemble à Lola Flores, mais comme elle, il n’y en a qu’une », a-t-elle raconté dans une interview à propos de C. Tangana. Autre élément : ses cheveux bouclés portés au naturel, qu’elle a défendus face aux haters sur les réseaux en expliquant qu’elle ne recherchait pas la perfection, et comme les crinières de Carmen Amaya, Isabel Pantoja ou Lolita Flores, ça pouvait être un peu sauvage « mais toujours propre ».