Alors que les régimes végétariens sont souvent vantés pour leurs bienfaits sur la santé et l’environnement, une nouvelle étude chinoise soulève des questions surprenantes sur leur impact sur la longévité. Pour les personnes âgées de plus de 80 ans, adopter un régime strictement végétal pourrait, contre-intuitivement, réduire les chances de devenir centenaire. Cette étude publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition fournit un éclairage inédit sur le lien complexe entre alimentation et vieillissement exceptionnel.
Une étude à grande échelle sur les centenaires chinois
Des chercheurs ont analysé les données de 5 203 adultes âgés de 80 ans et plus, issues de l’Enquête longitudinale chinoise sur la longévité en bonne santé, une étude nationale commencée en 1998. Parmi ces participants, 1 459 ont atteint l’âge de 100 ans, tandis que 3 744 sont décédés avant cet âge. L’objectif était de comparer les habitudes alimentaires et leur association avec la probabilité de vivre jusqu’à 100 ans.
Les participants ont été classés en omnivores et végétariens, ces derniers étant eux-mêmes subdivisés en pesco-végétariens (consommant du poisson), ovo-lacto-végétariens (consommant œufs et lait) et végétaliens. Les omnivores ont servi de groupe de référence. Les chercheurs ont constaté que les végétariens avaient globalement moins de chances de devenir centenaires, et que les végétaliens présentaient les probabilités les plus faibles. En revanche, les pesco-végétariens et les ovo-lacto-végétariens ne montraient pas de différence significative par rapport aux consommateurs de viande.
Pourquoi un régime végétarien pourrait être moins favorable aux très âgés
Les résultats de cette étude peuvent sembler paradoxaux, surtout au regard des effets positifs bien documentés des régimes végétariens chez les jeunes adultes, comme la réduction du risque de maladies cardiovasculaires, du diabète ou de l’obésité. Cependant, le vieillissement entraîne des besoins nutritionnels particuliers et un risque accru de carences.
L’indice de masse corporelle (IMC) des participants a joué un rôle clé dans l’association entre alimentation et longévité. Les personnes âgées sous-poids suivant un régime végétarien présentaient une probabilité nettement plus faible de vivre jusqu’à 100 ans. Cela pourrait s’expliquer par un apport insuffisant en protéines et micronutriments essentiels pour maintenir la masse musculaire, la densité osseuse et la santé générale à un âge avancé. De plus, les régimes végétariens stricts peuvent augmenter le risque de fractures osseuses et de malnutrition, rendant certaines personnes âgées particulièrement vulnérables.
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Un message nuancé sur l’alimentation et la longévité
Cette étude met en lumière l’importance d’un régime alimentaire équilibré et adapté à l’âge, combinant aliments d’origine animale et végétale, pour soutenir la longévité exceptionnelle. Les régimes végétariens ne sont pas intrinsèquement mauvais, mais leur efficacité pour prolonger la vie semble dépendre de l’âge, du poids et de la santé globale de la personne.
Alors que la population mondiale des personnes âgées de 80 ans et plus devrait tripler d’ici 2050 pour atteindre environ 426 millions, comprendre les interactions entre alimentation et vieillissement devient crucial. Ces résultats suggèrent que les recommandations nutritionnelles ne peuvent pas être universelles et qu’il est essentiel d’adapter l’alimentation aux besoins spécifiques des très âgés pour favoriser une vie longue et en bonne santé.
En somme, cette recherche rappelle que la longévité exceptionnelle repose sur un équilibre subtil entre qualité, variété et adaptation de l’alimentation, plutôt que sur un régime strictement végétal ou végétalien. Les choix alimentaires doivent être réfléchis, surtout à un âge avancé, pour soutenir à la fois la santé et la durée de vie.