Suite à une étude menée dans le cadre d’un programme de rénovations, le Logement molenbeekois a découvert des traces d’amiante dans de nombreux logements. Une campagne de tests a été organisée et il est désormais conseillé à ses habitants de ne pas percer ou poncer leurs murs pour ne pas endommager la couche qui isole l’amiante de l’air.
Pour rappel, ce matériau, fibreux et cancérigène, était très prisé dans le monde de la construction (fin 60-début 70, date de construction des tours Machtens), notamment pour ses propriétés d’isolation thermique et ignifuge.
« Avec les fenêtres fermées, on a les rideaux qui bougent »
Bref, pas touche aux murs. Il est même déconseillé aux habitants de les « dépoussiérer, balayer ou aspirer ». Et c’est là tout le problème. L’état des tours est problématique : « avec les fenêtres fermées, on a les rideaux qui bougent, il y a de gros soucis d’humidité », nous montrent les habitants.
Résultat : des murs couverts de moisissures que les locataires nettoient régulièrement depuis des années. « On a donc été potentiellement exposés pendant des années et là, on nous dit de ne plus toucher à rien ? Mais les moisissures, ça revient très vite. » Amiante ou champignons ? À vous de choisir.
Mais même sans nettoyage, l’humidité a déjà bien attaqué une partie des surfaces : peinture écaillée, fissures : « en fait même sans rien toucher, on est exposés. »
Aujourd’hui, tous les habitants que nous avons rencontrés réclament un plan de relogement en urgence : « Il y a des enfants en bas âge, il y a des personnes malades ici, qui vivent parfois dans des logements trop petits pour leur ménage. Les problèmes d’asthme et troubles respiratoires sont fréquents. On ne demande pas du confort, on demande à être sauvés. Aujourd’hui, les habitants des étages du haut ont été relogés mais nous, on nous abandonne ici. L’entretien du bâtiment est catastrophique et on n’a aucun agenda, aucun calendrier d’intervention, aucun plan de relogement. On est prêt à changer de commune, on veut juste partir. »
Un point agace d’autant plus les habitants : en 2023 lors de la réfection de la cage d’ascenseur, de l’amiante avait déjà été trouvé. On savait donc que le bâtiment contenait de l’amiante : « On n’a reçu aucune indication entre 2023 et aujourd’hui ».
Du côté du Logement molenbeekois, on assure que les appartements qui nécessitaient un relogement d’urgence lié à la présence d’amiante ont tous été identifiés : « mais il y en a peu, on parle d’une dizaine sur tout le parc de la société. Ensuite, il y a des logements où l’état des murs et des plafonds n’expose pas les habitants à des risques. Ici, il n’y a donc pas d’urgence. Pour toute une série d’autres logements qui peuvent présenter des défauts sur les murs et qui peuvent être éliminés avec de petites interventions, nous sommes en train de nous organiser avec Bruxelles Environnement pour mettre en place la meilleure manière d’agir, » nous explique le directeur Frédéric Dufour. Une équipe pour ces travaux est en train d’être formée.
Concernant l’amiante de l’ascenseur, le Logement assure « qu’on en découvre au fur et à mesure des travaux. Il n’y a pas eu de test dans les logements après le cas de l’ascenseur. »
Le Logement molenbeekois ne prévoit néanmoins pas un relogement général des habitants des tours Machtens. « Le plan de démolition reste le même mais il n’y a pas de budget, et pas de place non plus pour reloger tout le monde. On met un point d’honneur à reloger en cas de travaux même si nous n’en avons pas l’obligation légale », rappelle le Logement molenbeekois. Et, comme la démolition des tours est en stand-by, pas de relogement au programme. Et les partenariats avec d’autres sociétés de logements sociaux, elles aussi saturées par la demande, sont quasiment impossibles.
Le MR pointe du doigt une désignation à Molenbeek: « Une tentative de déstabilisation », selon la majorité« Il nous faudrait 200 millions. La Région nous en promet 70 »
Le président du Logement Molenbeekois et échevin du Logement Dirk De Block (PTB) complète : « On n’a pas la main, on ne peut pas emprunter sans accord de la Région et on n’a pas le budget nécessaire. Il nous faudrait 200 millions pour régler les urgences. La Région nous en a promis 70. Les tours Machtens sont dans les urgences à traiter. Ces habitants méritent une solution mais la démolition et la reconstruction ensuite de ces tours coûteraient 50 à 70 millions à elles seules. »
Le sujet sera prochainement amené sur la table du parlement par le député Ecolo Kalvin Soiresse : « On ne peut pas mettre à ce point de côté l’information et la concertation avec les habitants. Il faut des contrôles plus stricts sur les pratiques des sociétés de logements en matière d’information des locataires. Ici, on a l’impression qu’elles peuvent faire comme bon leur semble au détriment des habitants. »