Dans ces conditions, ne rien faire aurait été la véritable irresponsabilité politique. Certes, les gouvernements précédents ont restreint les dispositifs de prépension et relevé l’âge légal de la retraite, mais ces ajustements n’ont pas suffi à endiguer la dynamique démographique. La réforme de l’Arizona franchit donc une étape supplémentaire en renforçant notamment le lien entre travail effectif et droits à la pension. Cette logique n’est pas absurde. Un système de pension ne peut durablement fonctionner si l’effort contributif et les droits acquis se déconnectent trop fortement. Dans un pays où l’emploi des seniors reste inférieur à la moyenne européenne, encourager la prolongation de l’activité est un objectif légitime.
Accord au sein du gouvernement sur la réforme des pensions
Reste que la réforme n’échappe pas aux critiques. Le Conseil d’État a pointé plusieurs risques de discrimination et demandé au gouvernement de mieux justifier certains reculs de droits. Les syndicats dénoncent, eux, une réforme punitive, parfois rétroactive, qui pourrait pénaliser les carrières hachées. La question de l’égalité entre les femmes et les hommes est particulièrement sensible : les femmes, plus souvent à temps partiel ou en interruption de carrière pour raisons familiales, sont structurellement plus exposées. Le gouvernement a corrigé le tir. C’était indispensable. Car une réforme nécessaire n’est pas pour autant automatiquement juste.
C’est là que se jouera sa crédibilité. Réformer les pensions exige du courage politique. Mais cela exige aussi de la lucidité et, surtout, de la constance. Trop souvent, les grandes réformes belges sont votées puis abandonnées à elles-mêmes, sans suivi ni ajustement. Face au vieillissement, la Belgique n’a plus ce luxe. La réforme des pensions doit être évaluée et adaptée au fil du temps. Non pour l’affaiblir, mais pour garantir qu’un système indispensable reste à la fois soutenable et équitable. C’est à ce prix seulement que l’effort demandé aujourd’hui sera accepté demain.
Le Conseil d’Etat a rendu son avis sur la réforme des pensions: plusieurs points interrogent