George Russell et Oliver Bearman n’ont pas été placés sous enquête des commissaires, et donc encore moins pénalisés, alors qu’ils ont clairement bougé sur la grille lors de la procédure de départ du Grand Prix d’Australie, suscitant des réactions parfois vives de la part de certains fans. La raison est pourtant simple : rien de ce qu’ils n’ont fait n’est contraire au règlement F1. Explications.
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Comme cela est désormais souvent le cas après les Grands Prix, des images non montrées par la réalisation internationale émergent en provenance de F1 TV, où les clients ont accès à l’ensemble des caméras embarquées, ou bien de vidéos de fans en tribune.
Via celles-ci, il a été constaté que le poleman George Russell avait légèrement avancé sur la grille, les roues avant de sa Mercedes tournant très clairement peu avant la fin de la procédure d’extinction des feux.
Pour Oliver Bearman, partant sur le 12e emplacement, le mouvement a été encore plus brusque et plus net. Toutefois, dans les deux cas, il n’y a eu aucune enquête lancée.
Que dit le règlement sur les faux départs ?
Les feux de départ
Photo de: Steven Tee / LAT Images via Getty Images
Le règlement de la F1 dispose d’une série de règles claires concernant la procédure de départ et l’appréciation de ce qu’est un « faux départ ». C’est l’article B5.11 qui y est consacré et voici ce qu’il indique :
« Lors de tout départ arrêté […], toutes les voitures doivent être :
a. Immobiles dans leur emplacement attribué sur la grille pendant la période suivant l’allumage du troisième feu rouge et avant le signal de départ donné par l’extinction de tous les feux rouges,
b. Positionnées dans leur emplacement attribué sur la grille de départ de manière à ce que le transpondeur puisse détecter le moment où la F1 quitte son emplacement pour la première fois après le signal de départ,
c. Positionnées dans leur emplacement attribué de manière à ce qu’aucune partie de la surface de contact de leurs pneus avant ne se trouve en dehors des lignes (devant et sur les côtés) au moment du signal de départ.
À la seule discrétion des commissaires, une pénalité de 5 secondes, une pénalité de 10 secondes, une pénalité de drive-through [un passage par la voie des stands sans s’arrêter] ou une pénalité de stop-and-go [un passage par les stands ainsi qu’un arrêt – sans intervention possible – à son box] sera imposée à tout pilote jugé avoir enfreint cet article. »
Quid des départs de Bearman et de Russell ?
La grille de départ à Melbourne.
Photo de: Simon Galloway / LAT Images via Getty Images
La question est donc de savoir si Russell et/ou Bearman n’ont pas respecté l’un des trois critères mentionnés ci-dessus.
Concernant le second point (b), c’est-à-dire le positionnement par rapport au transpondeur FIA, la réponse revient à la direction de course qui dispose des seules informations pour juger. En l’absence d’enquête, il faut donc partir du principe que ce point-là a bien été respecté. De notre point de vue, rien ne laisse penser dans la façon dont les voitures étaient positionnées que cela n’a pas été respecté.
Pour les deux autres points, à savoir le fait de ne pas bouger après que le troisième feu se soit allumé (a) et que la surface de contact des pneus ne dépasse pas l’emplacement sur la grille (c), il est possible d’y répondre nous-mêmes en regardant les différentes images à disposition.
Le cas Russell
La caméra embarquée de Russell est claire sur le point a : le léger mouvement de la Mercedes commence avant l’allumage du premier feu et se termine peu avant l’allumage du troisième feu. En conséquence, le pilote Mercedes a bien respecté la règlement car sa voiture a bien été immobile à partir du moment où le troisième feu était allumé.
Pour le point c, une vidéo amateur postée par un spectateur qui se trouvait sur la tribune à gauche de la Mercedes, montre sans aucun doute possible que la surface de contact des pneus avant de Russell n’a jamais dépassé la ligne blanche. Elle n’a même jamais été en contact avec elle puisqu’au moment où la W17 s’immobilise totalement, il reste encore une quinzaine de centimètres entre la ligne blanche et la surface de contact.
Pour Russell, la direction de course a donc pris la décision qui s’imposait. Il y a certes eu un mouvement, léger, mais celui-ci a été effectué dans les limites temporelles et physiques autorisées par le règlement.
Le cas Bearman
La caméra embarquée de Bearman est également claire sur le point a : le mouvement net de la Haas débute peu avant l’allumage du premier feu mais s’achève avant même que le deuxième feu ne soit allumé. En conséquence, le pilote Haas a bien respecté le règlement, la VF-26 étant immobile à partir du troisième feu.
Pour le point c, de notre point de vue (mais rappelons que la direction de course dispose, au besoin, d’images plus précises), c’est un peu moins facile à juger que pour Russell en l’absence – pour le moment – de vidéo aussi claire.
Toutefois, depuis la caméra embarquée d’Esteban Ocon, il semble bien que la Haas du Britannique s’arrête soit juste avant d’être en contact, soit légèrement en contact avec la ligne blanche. Mais elle ne semble en tout cas pas l’avoir dépassée, ce que paraît confirmer d’ailleurs le moment du démarrage (après l’extinction de tous les feux) où, à la faveur du meilleur départ d’Ocon, l’on voit la roue de Bearman passer sur la ligne.
Pour Bearman, il apparaît ainsi que la direction de course a pris la bonne décision également. Le mouvement est bien plus net que pour Russell, mais là encore il a été effectué dans le timing autorisé, et l’arrêt s’est effectué suffisamment rapidement pour qu’il ne dépasse pas l’emplacement sur la grille.
Le stop-and-go de Colapinto
Sergio Perez, Cadillac Racing, Franco Colapinto, Alpine
Photo de: Simon Galloway / LAT Images via Getty Images
Notons qu’autour de la phase de départ, deux autres pilotes ont en revanche bien été soumis à une enquête, avec deux issues différentes.
Le cas Hülkenberg
Nico Hülkenberg, d’abord, a connu un problème technique dans son tour de mise en grille – c’est-à-dire le tour lors duquel le pilote sort des stands et vient s’arrêter en fin de grille pour être poussé par ses mécaniciens jusqu’à son emplacement. Ce souci l’a obligé à s’arrêter quelques dizaines de mètres avant d’arriver sur la grille, entre la sortie du dernier virage et la grille elle-même, et des membres de son équipe à aller le pousser pour qu’il rejoigne la grille.
S’il avait pris le départ depuis la grille, il aurait commis une potentielle infraction à l’article B5.2.4 du règlement qui dispose que « toute F1 qui n’effectue pas un tour de reconnaissance et n’atteint pas la grille de départ par ses propres moyens ne sera pas autorisée à prendre le départ depuis la grille ».
Les commissaires ont lancé une enquête mais l’Audi ayant ensuite été sortie de la grille pour être rapatriée à son stand – et n’ayant même pas pris le départ -, aucune infraction n’a été commise.
Le cas Colapinto
Pour Franco Colapinto, dont la phase de départ a été marquée par le réflexe impressionnant qui l’a vu éviter de justesse la Racing Bulls au ralenti de Liam Lawson, l’enquête portait sur une infraction présumée commise en réalité juste avant le début du tour de formation.
En effet, il est apparu que du personnel d’Alpine touchait encore l’A526 alors même que le signal des 15 secondes avant le début de la procédure avait été lancé. Or, il s’agit là d’une infraction claire à l’article B5.5.5 du règlement, qui dispose qu’en pareil cas, la voiture est alors censée partir des stands.
L’article indiquant expressément que la sanction, si le pilote en question ne part pas des stands, est un stop-and-go, les commissaires ont logiquement infligé cette sanction à l’Argentin.
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