Selon ces nouvelles taxes (soit un minimum de 10 % pour tout le monde ainsi qu’un supplément selon les nations), la Belgique voit ses droits de douane, fixés précédemment à 15 % , légèrement diminuer pour exporter aux États-Unis, pour atteindre 12,4 %, si l’on tient compte des taxes propres à chaque produit selon les taux appliqués dans le cadre de l’OMC, estimés à 2,4 % en moyenne pour la Belgique.

On aurait donc pu espérer un peu de répit. Mais Scott Bessent, le secrétaire d’État américain au Trésor, a déjà annoncé jeudi un retour des taxes à hauteur de 15 % pour tout le monde. On ne sait plus où donner de la tête.

guillement

« Il faut rester calme face à ces déclarations matamoresques. »

Quoi qu’il en soit, le ministre refuse le mouvement de panique, mais comprends la lassitude des entreprises face à ces changements constants. Il regrette également que le secteur des diamants, jusque-là exempté, va subir à son tour une taxation, alors que la place anversoise est déjà secouée par une concurrence internationale rude. « Cela représente 120 millions d’euros de pertes pour les diamantaires, c’est conséquent », lâche-t-il.

Des mines pour bloquer le détroit d’Ormuz, l’arme à double tranchant de l’Iran

Selon les chiffres du SPF Économie, les exportations belges vers les États-Unis ont été de 6,2 milliards d’euros au troisième trimestre 2025. « Les exportations ont donc diminué de 627 millions. Donc, ça veut dire qu’on a quand même déjà un impact mais il conviendra d’observer comment le marché absorbera ces effets une fois qu’il aura retrouvé un certain calme et un rythme de croisière », avance-t-il, avant toute chose. Entretien.

La guerre au Moyen-Orient bouscule l’économie. Est-ce que cela change quelque chose au niveau des mesures de l’Arizona, comme les taxes, la TVA ou les accises, afin de limiter potentiellement l’inflation ?

C’est clair que les événements qui se passent en Iran bousculent les certitudes. Mais il est trop tôt pour tirer des conclusions et prendre des mesures. Donald Trump annonce trois semaines d’opérations, ce qui est une longue période d’instabilité. Si le détroit d’Ormuz est bloqué pendant plusieurs semaines, ça aura un impact au niveau des prix énergétiques et sur l’économie européenne. Que ce soit à la pompe ou sur l’électricité. Mais la Belgique dispose de stocks stratégiques. Pour le pétrole, on a 91 jours de réserves. Pour le gaz, on est à la fin de l’hiver, elles ont baissé, mais on arrive au printemps donc on en a moins besoin. Mais c’est tendu, donc on est prudent.

guillement

« Trump considère l’Europe comme un ensemble de losers, de boulets, qu’on peut diviser pour mieux régner »

Le ministre des Finances Jan Jambon évoquait revoir la TVA et les accises sur le carburant…

Le dossier TVA doit être réétudié, puisqu’on n’a pas eu d’accord sur le « takeaway », la culture et le sport. Mais ce n’est sans doute pas le bon moment pour le revoir. Toute taxe à la consommation serait malvenue alors qu’on est à l’aube d’une explosion des coûts énergétiques. En tant qu’économiste de formation, je veille surtout à ne pas doper l’inflation. Ce serait une catastrophe pour notre économie.

Et sur les accises sur le gaz ?

Ces discussions devront être prises, mais plutôt avant les vacances de juillet. Ce serait une double peine de le faire avant.

Débâcle sur les places boursières asiatiques, l’Europe en forte baisse

Pierre Wunsch, le gouverneur de la BNB, a remis un peu une pièce dans la machine sur l’indexation des salaires, en évoquant cette fois la possibilité de limiter la hausse des salaires dans les secteurs en déclin. Vous êtes d’accord avec cette idée ?

On vient de voter, avec Frank Vandenbroucke (ministre des Affaires sociales, Vooruit, NdlR), sur le plafonnement de l’index justement. Ce qui fait économiser à l’État en termes de dépenses, alors qu’on est en quasi-faillite. Alors, c’est vrai que l’index est une bonne chose pour le pouvoir d’achat. Ça protège les consommateurs des hausses intempestives des coûts à la consommation. Mais l’indexation engendre aussi inévitablement des coûts importants et des pertes de compétitivité par rapport aux pays voisins qui n’ont pas ce mécanisme. On pourrait s’orienter vers un système avec une négociation plus libre mais ce n’est pas à l’ordre du jour au gouvernement. Les partenaires sociaux y réfléchissent quand même.

guillement

« Pour le pétrole, on dispose de 91 jours de réserves ».

Mais limiter l’indexation dans des secteurs en crise est-elle une bonne idée ?

Les secteurs ne vivent pas tous de la même manière, c’est vrai. Certains sont en difficulté majeure, dont ceux qui utilisent beaucoup d’énergie. Et d’autres pourraient permettre plus de hausses de salaires. Mais ce n’est pas sur la table maintenant.

Pour les exclus du chômage de ce mois de mars, est-ce que vous redoutez, en tant que ministre de l’Économie, que beaucoup de gens finissent au CPAS ? Qu’on n’arrive pas du tout à les remettre à l’emploi ?

On estime qu’un tiers des demandeurs d’emploi retrouveront un travail. Un autre tiers, malheureusement, ne devrait pas pouvoir en retrouver dans l’immédiat, car ces personnes sont très éloignées du marché de l’emploi. Quant au dernier tiers, il s’agit de personnes qui disposent déjà de ressources leur permettant de faire face à la situation : elles peuvent avoir un patrimoine ou vivre en couple avec un conjoint disposant de revenus confortables. Les chiffres dont nous disposons à ce stade semblent aller dans ce sens. La première vague de janvier a nécessairement été plus difficile, puisqu’elle concernait les chômeurs de très longue durée. Il est donc logique que moins de personnes retrouvent un emploi lorsqu’elles sont au chômage depuis vingt ans. Et petit mot sur Bruxelles : Alléluia, il y a un gouvernement, donc ça améliora les choses car l’emploi était abandonné depuis.

« Il est en fureur »: après l’Espagne, Donald Trump va-t-il lancer des représailles commerciales contre tous les pays opposés à sa guerre en Iran ?

D’ailleurs, ça planche sur le dossier Audi. Le ministre Laurent Hublet (Les Engagés) a visité le site lundi dernier. Qu’est-ce que vous espérez en tant que ministre fédéral ?

Je fais partie de la « task force » depuis un an maintenant. C’est confidentiel, je ne peux pas dévoiler d’informations, mais des solutions se dégagent.

Vous savez ce que c’est de gérer une commune, en tant que bourgmestre. Vous n’avez pas peur que les communes aient du mal à se financer, avec cette arrivée de chômeurs au CPAS ?

Pas du tout, parce qu’on a vraiment prévu des moyens conséquents pour accompagner les communes. Et il y a des systèmes incitatifs pour récompenser les CPAS qui remettent à l’emploi. Les communes qui seront actives et dynamiques verront même leurs moyens financiers s’accroître si elles y arrivent.

guillement

« Le chômage n’est pas un statut conçu pour les aidants proches. »

Quelles sont les aides, concrètement ?

300 millions d’euros ont été prévus pour ces incitants et accompagnements.

Pour les aidants proches, la solution que vous avez trouvée le 26 février pour éviter de les exclure, cela va coûter cher ?

Les aidants proches accomplissent un travail remarquable. Ils prennent en charge des personnes malades ou gravement handicapées, parfois à temps plein. La difficulté est que parmi les chômeurs exclus figuraient aussi des aidants proches qui ne s’étaient jamais déclarés comme tels. On peut le comprendre : ils préféraient bénéficier des allocations de chômage, qui étaient nettement plus généreuses que les aides prévues. Mais, malheureusement, le chômage n’est pas un statut conçu pour les aidants proches. Pour être reconnu comme chômeur, il faut en effet être disponible pour le marché du travail. Et contrairement à ce qui a pu être écrit, il n’y a pas de gel de la réforme du chômage. Ces personnes seront bien exclues du chômage, mais elles pourront être reconnues plus rapidement comme aidants proches. En parallèle, leurs allocations seront augmentées : nous les avons quasiment doublées, pour les porter à environ 750 euros.

Ça a été budgété ?

On a prévu qu’une partie des moyens issus de la réforme du chômage puisse être utilisée. On n’a pas de chiffres puisqu’on ne sait pas encore combien ils sont.

Comment éviter les trappes à bas salaires pour ceux qui doivent chercher un emploi ?

On récompense les gens qui travaillent. Et cela se fait bien sûr au niveau fiscal. Il y a actuellement des pièges à l’emploi, des postes pour lesquels les gens n’ont pas intérêt à travailler puisque c’est plus intéressant d’être au chômage. Alors d’une part, on supprime les exonérations fiscales dont bénéficiaient les chômeurs, il n’y a pas de raison qu’il y ait un bonus fiscal à être au chômage. Et on va récompenser les gens qui travaillent. On avance pour qu’il y ait un différentiel de minimum 500 euros entre les gens qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. On tient notre promesse.

Flambée historique du pétrole avec des cours en hausse de 30 % : un « petit prix à payer » selon Donald Trump

Au niveau de l’industrie, qu’est-ce qui a bougé depuis le cri d’alerte du sommet d’Anvers de mi-février ? Tout le monde, dont Emmanuel Macron et Friedrich Merz, affirmait que c’était urgent…

Ça bouge à tous les niveaux. Au niveau européen, il y a désormais l’Industrial Accelerator Act. Le message de Bart De Wever a été entendu au niveau européen. Mais on doit encore travailler pour lutter contre le dumping chinois et la concurrence déloyale américaine, provoquée par les tarifs douaniers. On va travailler sur la norme énergétique également, avec mon collègue Mathieu Bihet. Des réformes du marché du travail seront présentées le 11 mars.

Vous parlez de Monsieur Bihet… Où en est-on sur le nucléaire ?

On travaille de manière discrète avec le Premier ministre et le ministre de l’Énergie. Vous comprendrez que je ne peux pas vous en dire beaucoup plus.

guillement

« On ne doit pas tomber dans ce piège, sinon Trump jouera avec les Européens comme des pantins. »

Pour revenir sur Trump, on voit qu’il menace l’Espagne de coupures commerciales car le pays n’a pas voulu le suivre sur les frappes en Iran. C’est un partenaire instable pour l’Europe, qui fait fi des accords…

Avec Donald Trump, la réalité d’un jour n’est pas celle du lendemain. Mais il faut rester pragmatique et calme. Et il ne faut certainement pas tomber dans le piège de Donald Trump qui vise à diviser les Européens. Si Trump s’attaque à l’Espagne, il s’attaque à l’ensemble de l’Europe, c’est la règle commerciale européenne. J’ai toujours été un ami des Américains, avec qui on partage une culture, mais Trump considère l’Europe comme un ensemble de « losers », de boulets, qu’on peut diviser pour mieux régner. On ne doit pas tomber dans ce piège, sinon Trump jouera avec les Européens comme des pantins. On doit faire face, comme on l’a fait pour le Groenland.

Le modèle Dubaï est-il en train de vaciller ? « On se croyait être dans l’endroit le plus sûr au monde »

Il risque de perdre des partenaires à long terme…

Oui et surtout, l’inflation va finir par se montrer aux États-Unis, étant donné tout ce qu’il fait. Et malgré les outrances, les oukases, les fondamentaux de la démocratie américaine restent en place. Il faut rester calme face à ces déclarations matamoresques.

Il y a des pays avec lesquels, en tant que ministre de l’Économie, c’est plus difficile de faire du commerce, du business, comme Israël étant donné la situation à Gaza ?

Il y a des règles de commerce au niveau mondial qui s’appliquent. On doit y veiller. Mais on doit aussi ne pas être naïfs, ne pas être les idiots du village et être les seuls à appliquer des règles que les autres ne respectent pas. Mais les valeurs doivent primer sur le commerce, oui.

Quelle mesure, au sein de l’Arizona, vous seriez prêt à retirer si elle devait être contre-productive ?

On a clairement vu que sur les mesures TVA, il y avait des aspects contre-productifs, donc on les a retirés. Au niveau des taxes, il y en a plein que j’aimerais bien retirer.

guillement

« On doit ouvrir les yeux. C’est une crise industrielle majeure. »

S’il y en avait une, ce serait laquelle ?

Je vous laisse le choix… Mais supprimer complètement les jours de maladie sans certificat serait une piste pour moi… Là on est passé de 3 à 2 seulement…

Syensqo qui chute en Bourse, c’est un coup dur pour l’économie belge ?

La chimie est en souffrance. Je suis surpris d’entendre le PTB dire que la chimie est un secteur florissant. Le secteur crie au secours au niveau européen. Syensqo, c’est malheureusement le canari dans la mine et il faut prendre des mesures pour l’ensemble du secteur. On doit ouvrir les yeux. C’est une crise industrielle majeure, à la fois conjoncturelle et structurelle. Les usines tournent à 70 % de leurs capacités. Et heureusement qu’il y a encore des entreprises qui réussissent et qui font des profits, qui créent de l’emploi, et qui ne veulent pas quitter le pays. Le PTB ne fait que recycler les mêmes slogans depuis toujours.