Les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ont lancé une nouvelle consultation consacrée au chemsex, qui désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel. Elle répond à la nécessité d’une approche multidisciplinaire et non jugeante.

Située au Service des maladies infectieuses, la consultation s’adresse à toute personne qui questionne sa consommation de substances lors de rapports sexuels, ainsi qu’à ses proches. L’équipe spécialisée propose une prise en charge personnalisée et multidisciplinaire, remboursée par l’assurance maladie LAMAL, ont communiqué les HUG.

« Le chemsex constitue un enjeu de santé publique clairement identifié, pour l’instant peu dépisté ou pris en soins », décrit le Dr Matteo Reymond, médecin responsable de la consultation, dans le 19h30 de la RTS. Cette dernière complète l’offre d’accompagnement déjà proposée par le centre de santé communautaire Checkpoint Genève depuis 2019, permettant la construction d’un réseau de soins multidisciplinaire.

>> Ecouter aussi l’interview de Mattéo Reymond, médecin et responsable des consultations consacrées au chemsex aux HUG, dans l’émission de Forum le 15 janvier 2026 : Les HUG ouvrent une nouvelle consultation dédiée à la pratique du chemsex: interview de Mattéo Reymond / Forum / 5 min. / le 15 janvier 2026 « Phénomène unique en son genre »

Selon Matteo Reymond, il s’agit d’ »un phénomène qui est assez unique en son genre », difficilement comparable à d’autres pratiques en raison de cette double dimension, à la fois sexuelle et liée aux substances.

Le chemsex est souvent présenté sous un angle exclusivement alarmiste. Une approche que Matteo Reymond nuance. « Le chemsex est une pratique qui, je me dois de le préciser, est dans la majorité des cas vécue comme positive et non problématique », souligne-t-il dans l’émission Forum de la RTS. Un message que le médecin juge essentiel pour éviter toute stigmatisation des personnes concernées.

Impact négatif sur le quotidien

Le chemsex désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel, visant à faciliter, prolonger ou intensifier les rapports. Il implique parfois des partenaires sexuels multiples, souvent contactés par le biais d’applications de rencontre. Selon la littérature, le chemsex est décrit presque exclusivement chez des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.

Environ 15% des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes pratiquent le chemsex, avec un âge médian d’environ 35 ans, indépendamment des ressources sociales et économiques. Par extrapolation, 1500 à 4000 personnes pourraient être concernées dans le canton de Genève.

La plupart le vivent de manière non problématique. Toutefois, 25% des usagers rapportent un impact négatif sur leur vie et le besoin d’un accompagnement. En Europe, les principales substances utilisées sont le GBL/GHB, la méthamphétamine (Crystal meth, Tina) et les cathinones. De 6 à 10% des personnes ayant cette pratique consomment des substances par injection intraveineuse.

Risque d’addiction

Cette pratique comporte toutefois des risques: surdosages de substances, addiction aux substances mais également au sexe et usage problématique des applications de rencontre, infections transmissibles sexuellement ou par le contact avec le sang (VIH, syphilis, gonorrhée, chlamydia, hépatites virales).

D’autres complications peuvent survenir, liées à l’injection ou à d’autres modes de consommation, ou encore impacter la sexualité avec une diminution de la libido à l’état sobre et une perte d’appétence pour la sexualité sans substances. Il existe également un risque de violences sexuelles, car l’obtention d’un consentement clair au rapport sexuel est rendue plus difficile par la consommation de substances psychoactives.

Le premier rendez-vous permet de discuter de la situation et de définir les besoins de la personne avant de proposer un accompagnement individualisé. L’équipe de la consultation pourra également venir en aide aux équipes de soins pour les personnes hospitalisées ou de passage aux urgences à la suite de complications dues à la pratique du chemsex.

hkr/ms avec ats