Des préventions « formellement contestées »
Des préventions « formellement contestées », coupe d’emblée Thomas Rorive. Il avait croisé la première victime dans des soirées avant de lui proposer une soirée en tête à tête à son domicile de Ghlin. Il y avait du champagne. Dans sa déposition, la jeune femme (qui ne s’est pas constituée partie civile) explique que, ce soir-là, il n’a cessé de lui poser des questions sur ses préférences sexuelles avant de prendre sa main et de la mettre sur son sexe en érection. « Je lui ai dit que je ne voulais pas. J’avais la tête qui tournait. Je lui ai dit d’arrêter ». Trois refus exprimés. Il répondait : « Laisse-toi faire bébé ». Les choses sont allées plus loin.
« Cela ne correspond pas à la réalité », tranche Rorive, hautain. Il décrit une soirée presque romantique où la jeune femme était un peu pompette mais consentante. Pour preuve, l’ex-journaliste a déposé devant le tribunal trois captures d’écran des images de caméra de surveillance qui ont filmé les ébats sur le canapé. Elles montrent une fellation prodiguée par la jeune femme ainsi que la victime à califourchon sur son hôte. Pourquoi juste ces trois photos et pas toute la vidéo ? L’ex-journaliste dit qu’il ne savait pas comment faire techniquement…
Il reste que ces images filmées à l’insu de la victime constituent une infraction supplémentaire de voyeurisme, assène le parquet. Qui ajoute : un consentement ne peut être déduit d’une position sexuelle.
« Une grosse blague de mauvais goût »
Thomas Rorive conteste aussi avec véhémence un geste sexuel déplacé à l’égard d’une collègue lors d’une fête du personnel. Il concède juste « une grosse blague de mauvais goût ». À l’audience, la journaliste maintient qu’elle a subi une agression à une soirée de la RTBF. Pourquoi mentirait-elle ?, interroge le président. « Pourquoi a-t-elle dit que vous avez touché son vagin ? » Sans répondre, le prévenu dévie sur la relation malheureuse de la jeune femme avec un autre collègue et déballe la vie privée de présentateurs et d’autres journalistes de la RTBF. Il laisse entendre qu’il y aurait eu une sorte de cabale contre lui.
Dans la maison Reyers, le prévenu avait une réputation de gros dragueur. Dans son ordinateur, on a retrouvé une liste de 161 conquêtes. « J’ai 50 ans : ça fait cinq relations par an depuis le début de mon activité sexuelle », calcule-t-il à l’audience.
« Ce n’est pas le dossier de la séduction d’un homme qui multipliait les conquêtes, mais celui de l’emprise et de la contrainte qu’il utilisait pour avoir des relations sexuelles », corrige la représentante du parquet.
Au cours de l’enquête, d’anciens faits (le premier remontant à 2013) sont revenus à la surface, au préjudice de stagiaires et de jeunes journalistes. Thomas Rorive ne peut pas être poursuivi pour ces faits, tous prescrits. Mais ils ne surgissent pas par hasard, insiste le parquet : ils se répètent selon un schéma similaire qui commence par une approche insistante et une consommation excessive d’alcool.
Pour la substitute, il y a assez d’éléments pour asseoir une certitude : « Cela fait plus de vingt ans qu’il agresse des femmes et se fiche de leur consentement ». Il ne se remet à aucun moment en question et ne semble pas avoir intégré la notion de viol, ajoute la substitute. Son expertise psychiatrique n’établit pas de pathologie mais montre une personnalité narcissique et un satyriasis (un état permanent d’excitation sexuelle). C’est un « manipulateur », un « prédateur sexuel », un « danger pour les femmes ».
Parole à la défense mardi prochain
Pour le parquet, les trois préventions sont établies et l’ancien journaliste de la RTBF ne mérite aucune mesure de faveur. La substitute réclame une peine de six ans de prison ferme, assortie d’une mise à disposition du tribunal de l’application des peines pendant cinq ans.
La défense de Thomas Rorive prendra la parole mardi prochain. Me Jean-Pierre Buyle, avocat de l’ex-journaliste de la RTBF, a déjà donné le sens de sa plaidoirie. « La moitié du réquisitoire est fondée sur des faits pour lesquels nous ne sommes pas poursuivis », a-t-il déclaré. Le réquisitoire du ministère public est en ce sens non fondé, indique le bâtonnier, qui entend le démontrer en 11 points.