FIGAROVOX/TRIBUNE – Au Texas, la primaire du 3 mars a fait émerger un candidat démocrate crédible qui espère ravir l’élection sénatoriale aux Républicains. D’autant que le GOP s’enlise dans une guerre interne, sur fond de remise en cause de la ligne Maga, analyse le chroniqueur Eliott Mamane.
Le 3 mars, plusieurs États américains organisaient des primaires pour désigner les candidats qui se présenteront au scrutin de mi-mandat de novembre prochain. Au Texas, les Démocrates espèrent que leur choix permettra de ravir l’élection sénatoriale aux Républicains, ce qui serait une première depuis plus de trente ans.
En décembre dernier, la très médiatique représentante du 30e district du Texas, la démocrate Jasmine Crockett, annonçait qu’elle n’avait pas l’intention de concourir pour se faire réélire à son mandat à la chambre basse. Elle ne mettait néanmoins pas un terme à sa carrière, entretenant l’espoir d’être désignée par son parti pour représenter son État dans la course sénatoriale des midterms de novembre 2026. Mais elle a été défaite ce 3 mars dans la primaire démocrate. Sa tâche semblait pourtant aisée : son opposant, James Talarico, reste largement inconnu et difficile à catégoriser d’un point de vue politique. L’apparence feutrée de son discours ne tempère pas son néo-progressisme (il a déclaré que «Dieu est non binaire»), là où Crockett est à la fois vindicative et identitaire.
Dans le fond, comme le résumait le New York Times la semaine dernière, la différence entre ces deux candidats ne relevait pas tant de leurs positionnements idéologiques que de leurs personnalités. Un élément toutefois déterminant en campagne, qui a poussé plusieurs caciques du Parti républicain à exprimer leur souhait de voir Crockett gagner la primaire, estimant la retenue rhétorique de Talarico plus difficile à contrer aux midterms que les sorties perçues comme outrancières de Crockett (elle a par exemple déclaré que le caractère droitier du Texas était le fruit d’une politique «intentionnellement discriminatoire» dans l’accès au vote, dont l’objectif serait de «diluer les voix des personnes de couleur»).
L’hégémonie de la ligne Maga au sein du Parti républicain est sérieusement remise en cause à mesure que les actions du président contredisent son agenda initial.
Or en plus de devoir combattre le candidat qu’ils craignent le plus en novembre prochain, les Républicains rencontrent des difficultés en leur sein. En effet, leur primaire était organisée en même temps que celle des Démocrates le 3 mars. Mais elle a échoué à désigner le moindre candidat, aucun n’ayant récolté suffisamment de voix. En lice, le sortant John Cornyn représente pourtant le Texas au Sénat depuis 2002. Qualifié par le journaliste de CNN John King de membre de «l’aile George W. Bush» du Parti républicain, sa campagne a été mise en difficulté par la candidature du procureur général de l’État, Ken Paxton, un fervent Maga. Le scrutin s’est heurté aux récentes opérations en Iran, Paxton ayant pris un malin plaisir, auprès de Fox News, à opposer l’opposition de Trump au «nation-building» que promouvait l’Administration Bush, garantissant que plus «personne n’en voulait».
Malgré son zèle, ce candidat Maga n’est pas parvenu à récolter le soutien du résident de la Maison Blanche, tandis que son opposant, Cornyn, a, à lui seul, déboursé plus de 70 millions de dollars à des fins publicitaires, contribuant à faire de cette primaire la plus chère de l’histoire des États-Unis. Et au final, un troisième candidat a recueilli juste suffisamment de suffrages pour nécessiter l’organisation d’une nouvelle primaire dans trois mois. Ces déboires devraient conduire Donald Trump à s’ingérer dans celle-ci, dans l’objectif de limiter ces dépenses déjà faramineuses – pour rappel, le budget d’une campagne présidentielle en France est plafonné à environ 16 millions d’euros par candidat au premier tour – et surtout de ménager la crise intestine entre Cornyn et Paxton qui ébranle les Républicains à l’échelle nationale. L’enjeu est d’autant plus grand que le «GOP» souffre des bilans mitigés de la politique économique du président et que James Talarico a remporté la primaire démocrate pour le siège sénatorial du Texas grâce à ses performances auprès de sociologies au sein desquelles Trump avait considérablement augmenté sa part électorale à la présidentielle de 2024.
«Dieu est non binaire»: James Talarico, le populaire démocrate qui parle de la Bible aux Texans
Ainsi, près du quart des comtés texans où Harris avait battu Trump en 2024 – malgré une redéfinition des circonscriptions entre ces deux scrutins – ont été remportés par Crockett contre Talarico en 2026. Cela signifie que Talarico, lui, a surperformé dans des districts acquis par Trump à la dernière présidentielle, notamment ceux à majorité hispanique. Dans ces derniers, le New York Times relevait le 4 mars que l’écart entre Talarico et Crockett s’élevait en moyenne à 22 points, contre 6 points à l’échelle de l’État. Et les motifs d’inquiétude pour les Républicains ne s’arrêtent pas là : en dépit de son caractère des plus dispendieux, la campagne a faiblement mobilisé leurs partisans. Ils ne sont que 2.120.000 à avoir glissé un bulletin dans les urnes, tandis que les Démocrates sont parvenus à réunir plus de 2.300.000 votants dans le cadre de leur primaire.
En somme, malgré un candidat démocrate aux nombreux atouts pour ébranler la domination républicaine au Texas, le parti au pouvoir aborde ces midterms sans même savoir qui il enverra pour défendre sa présence au Sénat dans l’un de ses bastions les plus symboliques. Or la majorité sénatoriale ne tient qu’à trois sièges et l’hégémonie de la ligne Maga au sein du Parti républicain est sérieusement remise en cause à mesure que les actions du président contredisent son agenda initial, notamment sur les questions internationales. Aux dernières échéances électorales importantes de novembre 2025, les Républicains avaient déjà essuyé plusieurs défaites, conduisant des figures proéminentes de la droite à sonner l’alarme. Le chef de la majorité sénatoriale, John Thune, a par exemple récemment enjoint ses collègues à «rehausser leur niveau de jeu et faire un meilleur travail» sur le terrain. Signe de la frilosité des conservateurs, Fox News attaque déjà James Talarico, sans même savoir à qui il s’opposera en novembre prochain.