La cause principale ? La menace qui pèse sur les approvisionnements en gaz qatari. Le Qatar fournit à lui seul 1 200 TWh de gaz liquéfié par an, soit 7,5 fois la consommation annuelle de la Belgique. « La Belgique, c’est 160 TWh de consommation par an », illustre le professeur. Et même si le conflit venait à s’arrêter demain, les conséquences se feraient sentir encore plusieurs semaines : « Au minimum encore 15 jours, 3 semaines de problèmes d’approvisionnement venant du Qatar », précise-t-il, en raison des délais techniques nécessaires pour redémarrer les usines de liquéfaction. Alors pour lui, « avec chaque jour qui passe, la situation va s’aggraver »

Un souvenir encore vif des factures faramineuses de 2022

Pour Maxime Sonkes, directeur de Comparateur-energie.be, la décision de passer en tarif fixe s’apparente à une décision de sûreté. « C’est un peu un contrat d’assurance. Moi, c’est comme ça que je vois le contrat fixe », résume-t-il.

Concrètement à l’heure actuelle, l’écart entre le contrat fixe le moins cher et le contrat variable le moins cher s’établit aujourd’hui autour de 15 %, soit environ 350 euros à mettre en plus par an pour un ménage moyen si celui-ci choisit d’opter pour un contrat fixe. « Beaucoup de consommateurs font ce choix-là en disant, moi, je préfère payer 350 euros et ne pas avoir de mauvaise surprise que de rester en variable », observe-t-il.

Un choix que les souvenirs de la crise énergétique de 2021-2022 rendent encore plus pressant. À l’époque, certains ménages avaient reçu des factures de plusieurs milliers d’euros. « C’est encore frais dans leur mémoire. Ils disent : Moi, je ne veux pas vivre ça, mettez-moi un tarif fixe, même si c’est plus cher », rapporte Maxime Sonkes.

L’urgence est aussi calendaire. Marie Charles, directrice de Énergie Info Wallonie », rappelle que si le consommateur décide d’opter pour un contrat fixe, il ne faut pas tarder à le faire car les fiches tarifaires des fournisseurs sont renouvelées en début de mois. « C’est bien d’opter pour un contrat au tarif fixe quand même dans le courant du mois de mars avant qu’il soit modifié. Parce qu’en tout cas, les fiches vont être modifiées début avril « , insiste-t-elle.

Elle conseille également de consulter les comparateurs d’énergie, généralement mis à jour autour du 10 de chaque mois, pour comparer les offres disponibles. Une vigilance particulière s’impose également aux ménages dont le contrat fixe arrive bientôt à échéance.

Changer, oui, mais pas à la légère

Passer en fixe ne signifie pas s’engager aveuglément. Maxime Sonkes rappelle qu’en Belgique, il est possible de changer de contrat moyennant un mois de préavis. Mais attention aux frais : « Il y a une redevance qui est payée par année entamée dans le cadre d’un contrat fixe. Donc, il faudra faire le calcul parce que si vous changez pour économiser 200 euros, mais que vous avez 200 euros de frais, alors au final, il vaut mieux aller jusqu’au bout du contrat fixe », nuance-t-il.

Damien Ernst, lui, préconise de souscrire le contrat fixe le plus long possible, idéalement trois ans, tout en restant attentif à l’évolution des marchés. « Tous les mois, je revérifierais s’il n’y a pas une possibilité d’avoir un contrat à meilleur prix », quitte à repasser à un contrat variable si la situation s’améliore conseille le professeur de l’ULiège.

Tous les ménages ne sont pas logés à la même enseigne. Maxime Sonkes pointe une catégorie particulièrement concernée : « Les ménages qui ont des grosses consommations de gaz, là, ça vaut quand même l’intérêt de se poser la question… Est-ce qu’on se met à l’abri ou pas ? » À l’inverse, les ménages équipés de panneaux solaires et affichant une faible consommation électrique ont moins d’urgence à agir.

De son côté, Marie Charles abonde dans ce sens et invite chacun à évaluer sa situation personnelle : « C’est en tout cas un point d’attention à avoir ce mois-ci », conclut-elle.