Romain, 33 ans, inconnu de la pharmacie, se présente avec une ordonnance. Infirmier libéral, il explique avoir ôté des points de suture à un jeune homme de 20 ans il y a 3 jours, hospitalisé depuis hier avec une forte fièvre et des vomissements. Le patient a reçu ce matin un diagnostic positif de méningite à méningocoque de sérogroupe B. Identifié comme « cas contact », Romain a été appelé par l’agence régionale de santé qui a recommandé un traitement antibiotique prophylactique. Son médecin étant absent, il a consulté dans un centre de soins non programmés.

© DRUn problème de posologie repéré

L’antibioprophylaxie des infections invasives à méningocoque (IIM) chez les sujets contacts n’est heureusement pas une situation courante et vous n’avez plus le protocole exact en tête.
Vous : Vous avez bien fait de consulter rapidement. Dans cette situation, mieux vaut être mis sous antibiotique le plus tôt possible. Si ça ne vous ennuie pas, je prends 2 minutes pour vérifier cette prescription.
Romain : Aïe, ne me dites pas que vous n’avez pas l’antibiotique en stock ! Il faut vraiment que je commence aujourd’hui.
Vous : N’ayez crainte, j’ai du stock. Je vais juste valider les indications et la posologie.

Améliorer la prise en chargeRecherche des recommandations

Vous vous connectez rapidement sur antibioclic.fr, le site d’aide à la décision thérapeutique en antibiothérapie conforme aux recommandations en vigueur. Vous sélectionnez la prophylaxie des méningites à méningocoque chez l’adulte dans le moteur de recherche.
Vous : Avez-vous des problèmes rénaux ?

Romain : Non, aucun.
La fiche pour les adultes sans insuffisance rénale confirme la rifampicine par voie orale comme traitement antibiotique de première intention mais à la posologie de 600 mg 2 fois par jour pendant 2 jours, soit 2 fois plus que la dose prescrite. En 3 clics, vous vérifiez l’information sur le site de la Société française de microbiologie (SFM) : la fiche méningocoque confirme que la molécule de choix est la rifampicine quel que soit le sérogroupe de méningocoque incriminé, au dosage indiqué sur Antibioclic. Elle précise que la prise doit se faire le plus tôt possible, idéalement dans les 48 heures et jusqu’à 10 jours après le contact avec le cas index.
Vous : L’antibiotique prescrit est bien le médicament de choix dans ce cas, mais, selon les recommandations, il est sous-dosé sur votre ordonnance. Il faut que je contacte le prescripteur. Il travaillait toute la journée ?
Romain : Je ne lui ai pas demandé mais un numéro de téléphone figure sur l’ordonnance, vous pouvez tenter votre chance. Pendant ce temps, j’appelle ma collègue, je dois lui faire une transmission pour l’un de mes patients.

L’appel au prescripteur

Une chance, le centre de soins non programmés bénéficie d’un secrétariat et on vous répond après quelques sonneries. Vous insistez sur le caractère impérieux de votre appel. Le Dr P. s’occupe d’un patient mais la secrétaire le prévient de l’appel, il devrait pouvoir rappeler avant sa prochaine consultation.
Vous profitez de l’attente pour consulter le dossier pharmaceutique de Romain : il ne prend aucun traitement dont l’efficacité pourrait être diminuée par l’effet inducteur enzymatique puissant de la rifampicine (antiprotéases, statines, azolés, par exemple). Vous vous connectez également à sante.gouv.fr et vérifiez sur le calendrier des recommandations vaccinales en vigueur la conduite à tenir pour les sujets contacts d’un cas d’IIM de sérogroupe B : la vaccination prophylactique n’est pas recommandée en sus de la chimioprophylaxie pour les sujets contacts de cas sporadique d’IIM B. Dès qu’il termine son appel, Romain confirme qu’il n’a aucune allergie connue à un antibiotique.
Le téléphone sonne.

Le médecin : Bonjour, je suis le Dr P., vous avez tenté de me joindre concernant le traitement de M. R. Un problème ?

Vous : Bonjour, je suis la pharmacienne et c’est moi qui vous ai appelé, merci de me rappeler. Je me permets de vous contacter car la posologie de rifampicine que vous avez prescrite pour la prophylaxie d’une méningite à méningocoque est inférieure à celle préconisée par les recommandations. Je vous propose donc de la modifier et de passer de 300 mg à 600 mg matin et soir pendant 2 jours.

Le médecin : Voyons, j’ai pourtant consulté moi aussi les recommandations, je regarde… Vous avez raison, j’ai dû mal lire. On va passer à 600 mg par prise. Je vous renvoie une ordonnance. Je vous remercie pour votre vigilance.

Vous remerciez à votre tour, raccrochez et finalisez la délivrance. Vous expliquez à Romain la raison de ce changement et lui conseillez de prendre les gélules une demi-heure avant ou au moins 2 heures après le repas. Vous l’informez d’une coloration possible des urines, des larmes et, le cas échéant, des lentilles de contact, qui doivent donc être évitées. Vous le rassurez : les personnes autour de lui ne risquent rien car elles n’ont pas été exposées directement au malade.

C’est une après-midi calme à l’officine, vous en profitez pour renseigner l’intervention pharmaceutique sur la plateforme Act-IP officine : type de problème coté 2 « Problème de posologie », type d’intervention coté 1 « Adaptation posologique » ; devenir de l’intervention coté 1 « Acceptée par le prescripteur ».

Retour d’expérience

Vous prenez le temps d’informer l’équipe de cette intervention et proposez quelques minutes de réflexion sur l’intérêt de cette prophylaxie et l’impact éventuel d’un sous-dosage. Comme indiqué dans la fiche de la SFM, la prophylaxie autour d’un cas d’infection invasive à méningocoque est justifiée par leur sévérité et leur contagiosité pour tous les sujets identifiés comme cas contacts. Son objectif est d’éradiquer l’éventuel portage pharyngé du méningocoque nouvellement acquis. Le sous-dosage implique un risque d’échec thérapeutique, donc de contamination de l’entourage et des patients contacts de l’infirmier lors des soins et de propagation de l’épidémie.

Intervention pharmaceutique

La Société française de pharmacie clinique (SFPC) a développé un outil de codification et de documentation des IP, accessible gratuitement sur actip.sfpc.eu.

Pour plus d’informations, consultez le site de la SFPC, sfpc.eu, ainsi que le cahier Formation « L’intervention pharmaceutique » paru dans Le Moniteur des pharmacies n° 3544 du 11 janvier 2025, rédigé en collaboration avec la SFPC.

QR code : https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/formation/cahiers-formation/cahiers-conseil/intervention-pharmaceutique/

Le cas s’appuie sur une situation nouvelle rapportée par la SFPC.

Les fiches de cotation des interventions pharmaceutiques ainsi qu’une note explicative sont accessibles après inscription, sur la plateforme Act-IP.