Mais sur le plan géopolitique, la prudence reste de mise. Pour Elena Aoun, professeure de science politique à l’Université catholique de Louvain et spécialiste du Moyen-Orient, les propos du président américain sont particulièrement difficiles à interpréter. « Avec Donald Trump, il faut faire preuve d’une grande humilité analytique », explique-t-elle. « Depuis le début du conflit, les objectifs de guerre ont été formulés de différentes manières par le président et par son entourage. On ne sait pas réellement ce qui constituerait une victoire ou un résultat acceptable. « 

Selon la politologue, se concentrer uniquement sur les déclarations de Washington donne d’ailleurs une vision incomplète du conflit. « Pour mettre terme à la guerre, il faut que les différentes parties prenantes le veuillent. Dans ce cas précis, on est en réalité face à une dynamique à plusieurs acteurs : les États-Unis, Israël et l’Iran, ce qui rend la situation encore plus difficile à interpréter. Et il n’est pas sûr que l’Iran soit aujourd’hui désireux d’entrer en négociation. « 

Un message destiné aux marchés ?

Les déclarations du président américain pourraient répondre à une logique : celle de calmer les marchés financiers. Depuis le début des hostilités, les tensions au Moyen-Orient ont fait grimper les prix du pétrole et du gaz. Une hausse durable de l’énergie pourrait peser sur l’économie américaine et devenir un enjeu politique majeur à quelques mois des élections législatives de mi-mandat aux États-Unis.

« Les propos de Donald Trump peuvent aussi être interprétés comme un signal envoyé aux marchés. Les investisseurs ont immédiatement réagi positivement, ce qui montre que ce type d’annonce peut avoir un effet rapide, même si celui-ci reste probablement temporaire. »

Elena Aoun évoque même la possibilité que certains acteurs économiques profitent de ces fluctuations. « Aujourd’hui, d’importantes fortunes se construisent sur la spéculation autour des prix de l’énergie. Les annonces politiques peuvent donc aussi influencer ces dynamiques financières. Et ainsi permettre à certains amis de Donald Trump d’entrer dans des opérations spéculatives qui vont les enrichir encore plus. »

Des objectifs de guerre toujours flous

Sur le terrain, les résultats militaires semblent encore loin des ambitions affichées au début de l’offensive. C’est également l’analyse de Jérémy Dieudonné, docteur en relations internationales à l’UCLouvain. « Donald Trump affirme que la fin de la guerre est proche, mais dans le même temps il explique que les États-Unis n’ont pas encore suffisamment gagné », observe-t-il.

Les frappes menées ces derniers jours ont certes permis d’atteindre plusieurs cibles iraniennes et d’endommager certaines infrastructures militaires. Mais elles n’ont pas provoqué l’effondrement du régime, qui figurait parmi les scénarios évoqués au début du conflit. « Le programme nucléaire iranien a peut-être été retardé et certaines capacités balistiques ont probablement été affaiblies », explique-t-il (selon l’armée américaine, l’Iran tire 90 % de munitions en moins par rapport au début du conflit). « Mais ce sont des infrastructures qui peuvent être reconstruites. Et surtout, le régime iranien ne s’est pas effondré.  » Dans ces conditions, annoncer la fin prochaine du conflit semble prématuré.

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Pour déclarer la fin d’une guerre, il faut que les objectifs qui avaient justifié cette guerre aient été atteints. Or aujourd’hui, il est même difficile d’identifier clairement quels étaient ces objectifs et en quoi ils auraient été remplis

Pour le chercheur, si les États-Unis se retiraient abruptement de la guerre, le président américain pourrait tout de même présenter les résultats de manière différente sur le plan politique. « Donald Trump pourrait toujours affirmer qu’il a affaibli les capacités militaires de l’Iran, qu’il a fait reculer son programme nucléaire et qu’il a éliminé des responsables importants du régime. Ce sont des arguments qu’il pourrait utiliser pour présenter l’opération comme une réussite auprès de son électorat. «