C’est là, tout leur objectif. Le Dr Boudreault, chimiste médicinal natif de Saguenay, et ses collègues Richard Leduc, Mannix Auger-Messier et Stéphane Laporte, mettent tous leurs savoirs en commun pour mieux comprendre le fonctionnement du cœur et de ses différentes molécules, afin de créer des traitements plus sécuritaires.
C’est un travail de longue haleine pour ces chercheurs, appuyés d’une dizaine d’étudiants de l’Université de Sherbrooke. Leur récente découverte, publiée dans le Journal of Medicinal Chemistry, démontre un pas important dans la réalisation de leur objectif.

«Un des problèmes qu’on a souvent en cardiologie est que, si on augmente la force de contraction du cœur, ça peut entraîner chez certains patients des problèmes, comme la hausse de la pression artérielle ou encore l’augmentation de la demande énergétique du cœur et donc, hausser le risque des arythmies. Ce qu’on étudie, nous, c’est un moyen d’augmenter les performances du cœur, sans avoir ces effets secondaires là», explique Pierre-Luc Boudreault, qui a fait son baccalauréat à l’UQAC, son doctorat à l’Université Laval et son postdoctorat à l’Université Stanford en Californie.
Une voie de signalisation positive
Son équipe a choisi de s’intéresser à un acteur central particulier du cœur: le récepteur AT1. Ce récepteur régule la pression artérielle, par une hormone appelée l’Angiotensine II. Cette hormone active différentes voies de signalisation, celles qui entraînent un effet néfaste ou bénéfique sur le cœur.
Les chercheurs tentent donc, ensemble, de comprendre ce que chacune de ces voies apporte. Deux voies en particulier ont été examinées, une voie qui augmente la pression artérielle, et une autre qui stimule l’efficacité de contraction. Le problème est qu’aujourd’hui, les médicaments offerts sur le marché activent toujours simultanément ces deux voies de signalisation.
L’objectif de ce groupe est donc de trouver une façon d’activer que la voie de signalisation positive. Ils y arrivent en créant de nouvelles molécules très semblables à l’hormone que produit naturellement notre cœur, l’Angiotensine II.
«Cette hormone naturelle est très efficace pour nous. Elle vient notamment réguler la contraction du cœur et régulariser le dépit cardiaque. Mais, on ne peut pas la produire comme médicament, car elle n’est pas très stable. On ne pourrait pas la copier en laboratoire et la donner en médicament, puisqu’elle est dégradée dans notre corps très rapidement.»
— Pierre-Luc Boudreault, chercheur saguenéen de l’Institut de pharmacologie de Sherbrooke
Les chercheurs tentent donc de lui apporter de légères modifications, qui augmenteraient sa stabilité et qu’elle puisse être utilisée en médicament. En tout, plus de 200 molécules ont été créées, dont une quarantaine parue dans l’article scientifique.

L’une de ces molécules, le composé 12, est très prometteuse. Sans entraîner une hausse marquée de la pression artérielle, elle facilite la contractilité cardiaque.
«On voit qu’on est capable de stimuler le cœur, sans provoquer de constriction des vaisseaux sanguins qui mène à l’augmentation de la pression artérielle», se réjouit le chercheur.
Ces résultats ont notamment pu être obtenus par les simulations informatiques créées par les chercheurs, qui ont permis de visualiser clairement la manière dont les molécules interagissent avec le récepteur.
Encore du travail
C’est donc une très bonne nouvelle pour le groupe de l’Institut de pharmacologie, qui a encore toutefois beaucoup de pain sur la planche. Dans les mots du Dr Boudreault, cette découverte ne représente qu’une première étape dans l’élaboration de médicaments plus sûrs.
Toute cette recherche amène de nouvelles connaissances vers l’élaboration de ce futur médicament. Le groupe a fait une demande de subvention auprès des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour cinq ans, afin de poursuivre ces recherches et de pouvoir amener un jour ces résultats en phase clinique.

Le groupe est optimiste et pense que cette avancée pourra avoir de grandes retombées pour la suite vers des médicaments ou des combinaisons plus sécuritaires, avec moins d’effets secondaires.
«Selon les statistiques, on dit qu’à peu près un adulte sur trois va développer une maladie cardiovasculaire au cours de sa vie. Cette avancée sera porteuse d’espoir chez beaucoup de personnes qui sont atteintes de ces maladies-là», souligne le chercheur.