Le roi de la miniature laisse derrière lui une œuvre immense. Philippe Favier, artiste de renommée internationale, est mort samedi 7 mars, à 68 ans. Le peintre et graveur, spécialiste de la miniature et des petits formats en noir et blanc, était un artiste emblématique de Saint-Étienne. Et, pourtant, c’est dans la Drôme qu’il avait décidé de s’installer.
Après avoir vécu à Veaunes, Philippe Favier avait racheté, en 2012, le château de Châteaudouble, près de Valence. Le fruit d’un « concours de circonstances féerique », nous confiait-il en 2023, posant des yeux émerveillés sur cette bâtisse du XVIIe siècle et sa cour intérieure, qui l’avaient bouleversé au premier regard. Il y vivait la moitié du temps, passant l’hiver à Aspremont, près de Nice, sa femme Annabelle Favier-Salmon étant régisseuse générale des Ballets de Monte-Carlo.
Un élève « hors du commun »
Pièce maîtresse de son château : son impressionnant atelier. Blouse blanche sur le dos, l’artiste y restait des heures, assis derrière son immense table de travail. Une table dont on voyait à peine la surface, tant elle était pleine de flacons, pinceaux, ciseaux, rubans, stylos, boîtes et objets en tous genres. « C’était une force de travail, il s’installait le matin et travaillait comme un dingue jusqu’au soir », raconte son ancien professeur, Philippe Louisgrand.
Lui l’a rencontré aux Beaux-Arts de Saint-Étienne. « Un élève brillant, hors du commun. » Il se souvient : « À l’époque, les enseignants avaient les codes de la culture classique. Et puis, est arrivée une génération d’étudiants qui a tout agité. » Philippe Favier un peu plus que les autres. « Il faisait des petites choses qui tenaient dans une boîte d’allumettes, des petits soldats d’un centimètre de haut. D’un coup, il n’y avait plus de cadre. Ses œuvres étaient accrochées à même le mur. Il a bousculé les codes. » Philippe Louisgrand ne tarit pas d’éloges sur le jeune homme « précurseur », qui fut lauréat des prix de Rome de peinture et de gravure, en 1985, pensionnaire de la Villa Médicis, encensé à New York l’année suivante et qui fut exposé au musée du Jeu de Paume avant ses 40 ans.
L’ancien professeur a accumulé, au fil des ans, tout un tas de documents sur cet élève qui sortait du lot. Ému, il parle d’un « type extrêmement intelligent, qui menait extrêmement bien sa carrière et trouvait des titres extraordinaires pour ses tableaux ». Favier a exposé partout en France, mais aussi en Italie, au Maroc ou encore en Suisse. En 2020, le Musée de Valence lui avait consacré une vaste exposition. « Le monde de l’art perd un artiste sensible et chaleureux », lui a d’ailleurs rendu hommage la Ville.
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Une œuvre à pérenniser
Philippe Favier n’avait pas d’enfant et la question de la pérennité de son œuvre le taraudait. Il rêvait de voir son château transformé en centre d’art pour accueillir des artistes et conserver son travail. Mais, faute de soutiens financiers publics, le Drômois d’adoption s’était résolu à mettre son château en vente. Il avait prévu de s’installer prochainement à Hauterives et d’y transférer son atelier, avec l’idée de créer une fondation. Une commune pas choisie au hasard. C’est là que vit son ancien professeur. Et puis, il était aussi « très attaché au travail du facteur Cheval », confie Frédéric Legros, directeur du Palais idéal. L’artiste aimait arpenter les lieux et profiter des concerts. « C’était quelqu’un de drôle, facétieux, intelligent et bourré de références à l’histoire, à l’art et la littérature », rappelle l’homme.
Ce vendredi 6 mars au soir, Philippe Favier était à Saint-Étienne pour le vernissage de l’exposition du peintre Claude Viallat. « Il était resplendissant », sourit Philippe Louisgrand. Le lendemain, il devait, comme à son habitude, faire les puces pour trouver de nouveaux objets à transformer, avant de prendre la route pour le sud de la France. Lui qui avait « la phobie de tout, à commencer par la voiture et l’avion », a perdu la vie tragiquement en début d’après-midi, dans un accident de la route dans le Diois.
Frédéric Legros préfère garder l’image d’un Philippe Favier assis sur le banc du facteur Cheval, deux jours avant sa disparition, en train de contempler l’œuvre de celui avec qui il partageait un certain goût pour l’accumulation et la rêverie. « J’étais en retard pour notre rendez-vous mais il m’a dit : “Vous pouvez l’être, j’ai toujours à faire ici” », raconte l’homme. Au journal, on se souviendra de lui ouvrant les vastes portes de son propre château idéal en nous disant : « Bienvenue. »
Pour rendre hommage à Monsieur Philippe FAVIER, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir en sa mémoire sur le site Libra Memoria.
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