Mais ce système a un revers : il représente une dépense fiscale importante pour l’État. Selon la Cour des comptes, les chèques-repas constituent déjà aujourd’hui un avantage massif. En 2024, près de 3,1 millions de travailleurs en bénéficiaient et plus de 490 millions de titres ont été émis, pour un montant total d’environ 3,55 milliards d’euros. L’ensemble du dispositif représente une dépense parafiscale estimée à 1,07 milliard d’euros pour les finances publiques.

Un problème de recettes aussi

L’augmentation envisagée du plafond pourrait amplifier cette facture. Si la valeur maximale passe de 8 à 10 euros, la Cour des comptes estime que la dépense fiscale supplémentaire pourrait atteindre 1,24 milliard d’euros par an. Cette hausse s’explique notamment par l’exonération de cotisations sociales et d’impôts sur ces montants qui, s’ils étaient versés sous forme de salaire, généreraient des recettes pour l’État. C’est, au-delà du coût pour les employeurs, un autre hiatus. Le Comité de monitoring devrait prochainement rendre un avis sur la situation budgétaire du pays – pour le projet de budget 2026 – et il nous revient que la baisse des recettes fiscales est interpellante en Belgique. Ce coût alourdirait le problème.

Le projet prévoit en outre une nouvelle augmentation à 12 euros en 2027. Dans ce scénario, la dépense parafiscale supplémentaire grimperait encore d’environ 498 millions d’euros, portant le total à 1,73 milliard d’euros par an. À cela s’ajouterait un mécanisme d’indexation à partir de 2029 : chaque dépassement de l’indice entraînerait un coût supplémentaire estimé à près de 60 millions d’euros.

Fonction publique concernée aussi

Le secteur public est lui aussi concerné. Lorsque les administrations octroient des chèques-repas, l’augmentation de leur valeur se traduit par un coût direct pour le budget de l’État. Pour les seuls agents fédéraux, le passage de 8 à 10 euros représenterait environ 58 millions d’euros supplémentaires par an, selon les calculs de la Cour des comptes. Avec la hausse prévue en 2027, la facture annuelle atteindrait près de 87 millions d’euros.

Pour les entreprises, la question se pose également en termes de coûts. Même si la déductibilité fiscale des chèques-repas doit être renforcée, la compensation reste limitée. Pour une PME de dix salariés qui distribue déjà des titres de 8 euros, passer à 10 euros représenterait environ 2 800 euros de dépenses supplémentaires par an, soit une hausse de plus de 20 %.

Au final, si les chèques-repas constituent un instrument efficace pour soutenir le pouvoir d’achat sans alourdir directement les salaires, en multipliant ces avantages exonérés, l’État renonce à une part significative de recettes fiscales et sociales. La question n’est donc pas seulement celle du montant du chèque-repas, mais du coût collectif de ce modèle de rémunération indirecte. Alors même que l’indexation des salaires fait déjà débat…